DEMANDE D’INSCRIPTION D’UN SITE NATUREL SUR LA LISTE DU PATRIMOINE MONDIAL

Le massif corallien et les écosystèmes associés de Nouvelle-Calédonie

 

Sommaire

  1. Identification du site naturel

p.4

1.1. Présentation de la Nouvelle-Calédonie

p.4

    • Géographie
    • Démographie
    • Économie
    • Organisation institutionnelle

1.2. Identification du récif corallien

p.5

    • Situation
    • Surface
    • Écosystèmes représentés

 

  1. Justification de l’inscription de la barrière de corail sur la liste du patrimoine mondial

p.6

2.1. Valeur

    • Morphologique
    • Ecologique
    • Esthétique

 

2.2. Comparatif avec d’autres sites similaires

p.7

    • La Grande Barrière Australienne
    • Les récifs du Pacifique

 

2.3. Critères d’inscription et intégrité du site

p.10

  1. Description de la biodiversité marine calédonienne et du site

p.11

3.1. L’état des connaissances des différents milieux marins calédoniens

p.11

3.2. Typologie et distribution des écosystèmes marins

p.12

    • Les récifs coralliens
    • Les mangroves
    • Les herbiers de phanérogames
    • Les zones sableuses

 

3.3. Description du site

p.14

    • État des récifs coralliens
    • Biodiversité
    • Les espèces rares ou menacées
    • Mammifères
    • Tortues
    • Crustacés / mollusques
    • Autres espèces

3.4. Conservation et protection

p.28

    • Les aires protégées
    • Les institutions en charge de la gestion des espaces protégés
    • Les réglementations

 

  1. Gestion du site

p.29

4.1. Les mesures de protection, les outils de gestion

p.29

    • Mesures de protection contre l’érosion et la sédimentation
    • Mesures contre la pollution domestique, agricole et industrielle
    • Mesures en matière de gestion de ressources
    • Mesures contre l’impact du tourisme
    • L’information et l’éducation
    • Réseaux de surveillance et recherche
    • Outils réglementaires
    • Outils financiers (contrat de développement…)

 

4.2. Organismes susceptibles d’être acteurs de la gestion du site

p.35

    • Les Provinces
    • Les autres services pouvant intervenir secondairement

 

  1. Facteurs affectant le site

p.36

5.1. Les facteurs naturels

p.36

    • Les cyclones
    • Le blanchissement des coraux
    • L’acanthaster

5.2. Les facteurs anthropiques

p.39

    • Mines et sédimentation due aux rejets telluriques
    • Aménagement du littoral (remblais, dragages, aquaculture)
    • Pollutions industrielle, agricole et domestique
    • Exploitation des ressources (coraux, coquillages)
    • Introduction d’espèces
    • Tourisme et activités de loisirs

Bibliographie

Annexes

 

  1. Identification du site naturel

1.1. Présentation de la Nouvelle-Calédonie

D'une superficie de 18 575 km2, la Nouvelle-Calédonie se situe dans le Pacifique Sud-Ouest à 21° de Latitude Sud et 165 ° de Longitude Est, à trois heures de vol de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. Elle présente une Grande Terre orientée Nord-Ouest/Sud-Est d'environ 400 km de long sur 50 km de large (le " Caillou ") entourée d'un lagon et plusieurs îles d'inégale importance : l'archipel des Loyauté à l'Est (Ouvéa, Lifou, Tiga, Maré), l'île des Pins au Sud et l'archipel des Bélep au Nord (pour ne citer que les îles habitées).

L’archipel calédonien présente un milieu tropical insulaire, ce qui n’est pas sans conséquences sur les conditions de l’exploitation minière : les précipitations sont abondantes, le plus souvent sous forme d’averses violentes, générant ainsi des phénomènes érosifs puissants. En saison chaude (de novembre à avril) des cyclones et dépressions tropicales touchent le Territoire perturbant parfois considérablement l’économie : routes bloquées, activité interrompue sur mines et chantiers détrempés, dégâts matériels considérables lors du passage des cyclones. Le lagon qui entoure presque totalement la Grande Terre est particulièrement vulnérable pendant ces épisodes pluvieux, la forte turbidité des eaux pouvant entraîner une mortalité importante du corail. Or la déforestation liée à l’activité minière et aux feux de brousse accentue encore les phénomènes érosifs. La prise en compte de ces aléas climatiques et phénomènes érosifs est donc au centre de toutes les opérations d’aménagement de grande ampleur sur le Territoire.

La population compte actuellement 210 000 habitants, dont 60 % concentrés sur la seule agglomération du Territoire : celle de Nouméa. Elle regroupe environ 125 000 habitants, répartis entre la ville de Nouméa et ses trois communes périphériques : Dumbéa, Le Mont Dore et Païta.

Le reste du Territoire apparaît vide, en particulier la chaîne centrale qui forme l'épine dorsale de la Grande Terre. On distingue communément Nouméa du reste du territoire familièrement appelé : " la Brousse et les Iles ".

 

La Nouvelle-Calédonie est une composante de la République Française présentant un statut politique unique depuis 1999. Auparavant la Nouvelle-Calédonie était un T.O.M. (Territoire d’Outre-Mer) au même titre que la Polynésie Française et Wallis-et-Futuna, ce qui lui assurait quelques particularités juridiques par rapport à la métropole.

L'expression émergente pour la désigner est celle de " Pays d’Outre-mer ", expression ambiguë qui traduit bien l'ambivalence de ce statut.

D'un côté la Nouvelle-Calédonie n'est pas un "Pays" au sens d’État indépendant dans la mesure où un certain nombre de pouvoirs régaliens demeurent assurés par l’État français représenté à Nouméa par le Haut Commissaire de la République, délégué du Gouvernement.

D'un autre côté la Nouvelle-Calédonie est en train d'acquérir des prérogatives qui sont celles d'un État indépendant : possibilité de voter des "lois de pays", citoyenneté calédonienne, possibilité de mener des actions au niveau international dans le Pacifique.

 

1.2. Identification du récif corallien

    • Caractéristiques géographiques

Autour des rivages de la Nouvelle-Calédonie (Grande Terre) les récifs coralliens se sont installés dès le Miocène et ont construit une barrière pratiquement continue s'étendant sur environ 1 600 km.

Cette barrière récifale immergée continue (excepté dans le sud-ouest) présente une superficie de 8 000 km² et s’éloigne de la côte de quelques kilomètres à environ 65 km.

On peut diviser ce grand lagon néocalédonien en plusieurs entités géographiques : le Lagon Sud-Ouest, compris entre Téremba au Nord et l'île des Pins au Sud ; le Lagon Est, entre le canal de la Havanah au sud et la passe d'Amos au nord ; le Lagon Nord, compris entre l'estuaire du Diahot au sud et le Grand Passage au nord qui sépare le Lagon Nord proprement dit de l'atoll de Surprise ; le Lagon Nord-Ouest, compris entre Poya et l'île de Yandé. Ces lagons sont très différents en structure, forme, superficie et bathymétrie.

Parmi les dépendances de la Nouvelle-Calédonie se trouvent d'autres lagons : aux îles Loyauté, les lagons d'Ouvéa et de Beautemps-Beaupré ; les récifs d'Entrecasteaux comprenant les atolls de Huon et de Surprise ; les deux grands atolls de Chesterfield et de Bellona ; les "atolls" submergés de Fairway et de Lansdowne.

Dans la zone économique de la Nouvelle-Calédonie, existe également de nombreux guyots, vestiges d'anciens atolls ennoyés par subsidence (SCOTT & ROTONDO, 1983 ; RICHER de FORGES et al. , 1987 b), qui présentent encore une partie sommitale située dans la zone euphotique.

La limite du lagon sera définie par l'isobathe 100 m qui correspond approximativement à la profondeur inférieure de développement des coraux hermatypiques.

 

    • Surface

Cette immense barrière corallienne délimite autour de la Grande Terre des lagons dont la surface est estimée à 23 400 km2. La largeur moyenne de ces entités est de 10 km (et atteint 30 km dans le sud-ouest). La profondeur moyenne est de 25 m dans l’ouest et de 40 m dans l’Est avec un maximum mesuré de 80 m.

Ajouté à la surface de la barrière corallienne elle-même, l’ensemble lagonnaire représente près de 40 000 km2.

Il est inclus dans la ZEE (Zone Economique Exclusive) des 200 milles nautiques dont la surface est évaluée à 1,74 millions de km2.

Le rapport récifs/ terres émergées est de 70/30.

 

    • Ecosystèmes représentés

D'origine gondwanienne, la Nouvelle Calédonie est séparée de la côte est australienne depuis environ 80 millions d'années. Pour des raisons, géologiques, géographiques et hydroclimatiques, cette île présente une très grande biodiversité terrestre et marine. Un récif barrière, parmi les plus longs du monde, délimite autour de l'île principale de vastes lagons qui abritent de nombreux îlots coralliens, des récifs frangeants, des herbiers de phanérogames et de caulerpales et des zones de mangroves. Cette diversité d'écosystèmes offre une forte biodiversité spécifique dont la connaissance est loin d'être complète.

 

2. Justification de l’inscription de la barrière de corail sur la liste du patrimoine mondial

2.1. Valeur

    • Morphologique

L’ensemble récifal représente une très grande variété géomorphologique.

D’un point de vue morphologique, la Grande Terre de Nouvelle Calédonie est une île continentale à récif barrière.

La barrière calédonienne est le second ensemble corallien de la Planète après la Grande Barrière australienne. C’est aussi l’une des rares vraies double barrière du monde.

Le récif constitue également un rempart contre la violence de la mer et joue un rôle de protection naturelle des côtes, notamment en temps de cyclone.

 

    • Ecologique

Construit par les coraux qui élaborent leur propre substrat minéral, et réunissant dans un même lieu des milliers d’espèces, l’écosystème corallien est, avec la forêt tropicale, le plus diversifié et le plus complexe de la planète. C’est également un des écosystèmes les plus productifs et les récifs coralliens sont souvent considérés dans le milieu océanique tropical particulièrement pauvre, comme un oasis dans un désert.

La diversité des espèces de la barrière corallienne calédonienne est la plus importante au sein des récifs des territoires français. Certaines zones isolées présentent un intérêt biogéographique particulier (récif des Chesterfield) où se côtoient des espèces endémiques, rares. Ils peuvent représenter également des lieux privilégiés de ponte de tortues marines.

 

    • Esthétique

Le récif offre l’un des plus beaux panoramas marins et parmi les plus fabuleux paysages sous-marins du globe, support d’activités touristiques, de loisirs et de plaisance, essentielles à l’économie du pays.

 

2.2. Comparatif avec d’autres sites similaires

    • La Grande Barrière Australienne

Elle représente la plus grande barrière corallienne du monde et une grande partie de sa surface est protégée en réserve naturelle (GBRMPA : Great Barrier Reef Marine Park Authority).

La côte Est australienne est bordée sur près de 2000 km de récifs coralliens qui marquent la limite de son plateau continental et définissent un immense lagon (MAXWELL, 1968). Il s'agit du plus grand ensemble corallien du monde et même si les récifs ne forment une réelle barrière qu'au nord de Cairns, ces formations ont reçu la dénomination de Grande Barrière de Corail (Great Barrier Reef ou GBR). C'est sur cette côte que les premières descriptions scientifiques des récifs coralliens ont eu lieu, en particulier lors de la Great Barrier Reef Expédition dirigée par Sir Maurice Yonge en 1928-29 (YONGE, 1931).

En 1972, l'Unesco classait la GBR "patrimoine de l'humanité" en l'inscrivant sur la "World Heritage List". En 1975, le parc national destiné à protéger toutes les formations récifales de la côte est était créée sous le nom de Great Barrier Reef Marine Park Authority (GBRMPA). Cette gigantesque "réserve" est sous la double tutelle du Gouvernement australien et du Gouvernement de l'État du Queensland, ce qui ne va pas sans créer quelques désaccords sur l'application des règlements. La zone sous juridiction du GBRMPA s'étend de Fraser Island au sud (24°30'S) jusqu'au Cap York au nord (10°41'S) et couvre une surface de 348 700 km2. Elle comprend environ 2 500 récifs de taille allant de 100 à 10 000 ha et 71 cayes de sables. Les très nombreux travaux scientifiques traitant de l'écologie de la GBR ont été recensés dans l'ouvrage bibliographique de FRANKEL (1988).

Dans ce parc se déroulent des activités touristiques, de pêche et un trafic maritime important. Différentes sections géographiques ont été définies permettant une gestion régionale : les quatre grandes sections sont, Northern section (83 000 km2), Cairns section (35 000 km2), Central section (77 000 km2), Capricorn section (137 000 km2) et une "petite" zone entourant le groupe des îles Capricorn, Capricornia section (11 800 km2) définie en 1979. La GBR contient pratiquement tous les modèles de formations récifales, récifs frangeants autour d'îles hautes ou côtiers, bancs submergés, cayes de sable, récifs barrières avec des zones sous influences terrigènes et d'autres totalement océaniques, les récifs les plus proches étant situés par endroit à plus de 100 km de la côte. Les conditions environnementales sont variables d'un bout à l'autre de la réserve, les récifs du sud étant baignés d'eaux tempérées alors que la partie nord subit l'influence des eaux équatoriales. Par ailleurs, le marnage atteint par endroit plusieurs mètres provoquant des courant très violents (>8 nœuds), en particulier dans la zone proche du Détroit de Torrès. Les apports d'eaux douces et d'éléments terrigènes sont variables du sud au nord. Dans l'ensemble, ce sont plutôt les sections centrale et sud qui subissent l'influence de grands fleuves bien que le lagon y soit plus large que dans la section nord. La largeur du plateau continental varie de 290 km au large du Cap Townshend à 24 km près du Cap Melville et l'on y trouve les traces fossiles des barrières récifales qui ont suivi l'évolution des niveaux marins liés aux fluctuations climatiques (HOPLEY, 1982).

L'intérêt touristique pour les milieux coralliens a augmenté d'un facteur 40 entre 1940 et 1980 et atteignait 140 000 visiteurs par an en 1984. De nombreuses structures hôtelières se sont développées, proposant des sorties sur les récifs en bateau ou même en submersible. Une tentative a même été faite d'implanter un hôtel flottant directement sur le récif au large de Townsville.

    • Hawaï

L'archipel des îles Hawaii résulte de l'activité volcanique liée à un point chaud actuellement situé au niveau de l'île Hawaii et du mouvement SE-NO de la plaque Pacifique (MENARD, 1986 ; MacDONALD et al., 1990). L'Atoll de Midway, le plus ancien, est daté de 27 + ou - 0,6 M.A. alors que l'île la plus jeune est Hawaii avec 0.8 M.A. Cet alignement d'îles constitue un état des états Unis d'Amérique pour lequel une abondante littérature a été consacrée à l'environnement, à l'histoire naturelle et aux espèces marines en particulier (CARLQUIST, 1980 ; KAY, 1994 ; ELDREDGE & MILLER, 1995). Elles couvrent une superficie totale de 16749 km2 réparties en 8 îles principales dont l'île Hawaii est la plus grande (10451 km2) mais dont la plus peuplée est Oahu (1600 km2) où se trouve la capitale Honolulu. La biodiversité de ces îles très isolées s'étendant sur 2300 km entre Hawaii et l'atoll de Kure se caractérise par un taux élevé d'espèces endémiques.

Une législation très complète protège l'environnement : Federal Land Policy and Management Act de 1976 pour la faune et la flore terrestre, Fish and Wildlife Act de 1956 et Coastal Zone Management Act de 1972 pour la partie marine. Par ailleurs le "Endangered Species Act" de 1973 protège les espèces.

Le Parc National d'Hawaii fut créé le 1er août 1916 sur les îles Hawaii et Maui. Le Hawaii Natural Area Reserves System fut établi pour : "preserve in perpetuity specific land and water areas which support communities, as relatively unmodified as possible, of the natural flora and fauna, as well as geological sites of Hawaii". L'objectif principal des multiples zones de réserves est la protection de la faune et de la flore terrestre ; celles-ci incluent parfois des zones côtières protégeant par exemple une zone de dunes où pondent les tortues vertes (Mo'omomi sur l'île Moloka'i).

Les récifs coralliens sont bien développés mais présentent une faible richesse spécifique (43 espèces) ; c'est là que l'on trouve le plus fort pourcentage d'endémisme chez les scléractiniaires (GRIGG, 1983 ; VERON, 1995).

Le Hawaiian Islands National Wildlife Refuge créé en 1966 couvre 122 443 ha de zone marines dont les récifs coralliens les plus septentrionaux du Pacifique (27°50'N). Cette réserve inclut aussi bien des rochers ou îlots volcaniques que des atolls coralliens (Pearl et Hermes) ou des bancs coralliens (French Frigate Shoals). Cette zone est fréquentée par des cétacés, des pinnipèdes (Monachus schauinslandi), la tortue verte et de nombreuses espèces d'oiseaux de mer, sternes, fous, puffins, frégates et albatros (Diomedea albatrus, D. immutabilis, D. nigripes). Environ 99 familles comprenant 585 espèces de poissons y ont été recensées (PAINE, 1991 ; PYLE, 1995 ; RANDALL, 1995).

Les formations coralliennes des îles habitées sont fortement perturbées par des facteurs anthropiques. La déforestation liée au développement agricole a provoqué l'érosion des sols et entraîné une turbidité des eaux néfastes à la croissance corallienne. L'effet de la pollution urbaine se fait également sentir dans certaines baies (Kaneohe Bay) (SMITH et al., 1973). L'aménagement du littoral a été le principal facteur de destruction récifale dans certaines zones, en particulier lors de la construction des ports, chenaux, aéroports. Malgré les bonnes connaissances scientifiques sur la faune marine des îles Hawaii et l'arsenal de mesures conservationistes, il n'existe pas de véritable programme d'aménagement qui évalue les causes et les conséquences du déclin des récifs. Une vingtaine de zones marines sont protégées aux Hawaii mais les zones récifales ne le sont pas suffisamment (MARAGOS, 1993).

 

    • Les récifs des territoires français

La Nouvelle – Calédonie représente à elle seule près de 75% de la surface des récifs et lagons des territoires français. A ce titre, la Nouvelle Calédonie place la France parmi les premiers pays coralliens du monde.

 

2.3. Critères d’inscription et intégrité du site

 

    • Critère géologique et géomorphologique

Lors de la dernière glaciation il y a 20 000 ans, les terres de Nouvelle-Calédonie s’étendaient jusqu’aux limites actuelles du grand récif. Entourée de récifs frangeants, cette terre était sillonnée de vastes rivières. Avec le réchauffement du climat, le niveau de la mer est monté, l’océan a progressivement envahi les plaines et les coraux des récifs frangeants initiaux grandirent pour se maintenir près de la surface. Ils édifièrent ainsi la barrière corallienne décrite ici. Il y a entre 3 et 5 000 ans, le niveau marin a cessé de monter, donnant au lagon calédonien ses limites actuelles.

La Nouvelle Calédonie représente aujourd’hui le seul espace français où se regroupe l’ensemble des différents types de récifs connus : le récif barrière, la double barrière, le récif frangeant, l’atoll et le banc corallien.

 

    • Critère écologique

Le milieu corallien est un des écosystèmes les plus diversifiés et les plus complexes de la planète.

Les espèces peuplant le récif calédonien représente la diversité la plus importante au sein des récifs des territoires français. Certaines zones isolées présentent un intérêt biogéographique et un patrimoine spécifique et génétique particulier où se côtoient des espèces endémiques, rares, voire primitives.

Le lagon est également l’habitat de nombreuses espèces marines protégées à l’échelle internationale telles que les nautiles ou les tortues.

 

    • Critère esthétique

Le récif offre l’un des plus beaux panoramas marins et parmi les plus fabuleux paysages sous-marins du globe, support d’activités touristiques, de loisirs et de plaisance, essentielles à l’économie du pays.

 

    • Intégrité du site

Compte tenu de la situation géographique de la Nouvelle-Calédonie, de la faible pression démographique et économique du territoire, la barrière corallienne ne subit aucune modification morphologique chronique d’origine anthropique. Le lagon calédonien accuse quelques évolutions écologiques aux abords des villes essentiellement (remblais, rejets terrigènes…).

 

 

3. Description de la biodiversité marine calédonienne et du site

3.1. L’état des connaissances des différents milieux marins calédoniens

L’espace lagonaire le plus connu de Nouvelle-Calédonie se situe dans la zone du Lagon Sud-Ouest comprise entre Téremba au Nord et le grand "thalweg" du Sud, au-delà de l’île Ouen.

 

Le Lagon Sud-Ouest de la Nouvelle-Calédonie avait fait l'objet de plusieurs investigations dont les plus importantes pour la connaissance de la biodiversité furent :

- la mission Singer-Polignac qui travailla en 1962-1963 devant Nouméa, dans la Baie de St. Vincent et fit quelques incursions sur la Côte Est au niveau de la Baie de Canala, et aux îles Loyauté (SALVAT, 1964, 1965 ; TAISNE, 1965 ; CHEVALIER, 1968) ;

- les travaux de faunistique et d'écologie de CATALA (1950, 1958, 1964, 1979) ;

- les inventaires faunistiques établis par l'ORSTOM (ou IRD-Institut de Recherche pour le Développement) lors du programme SNOM (Substances Naturelles d'Origine Marine) à partir de récoltes effectuées en plongée sous-marine et qui sont à l'origine de la réalisation des Guides faunistiques ;

- les travaux d'écologie, réalisés par des chercheurs de la Station Marine d'Endoume, qui traitent essentiellement des fonds meubles (THOMASSIN, 1981 ; LEDOYER, 1984a,b). Par ailleurs, une étude sédimentologique du Lagon Sud-Ouest avait permis la réalisation d'une carte des fonds en quatre feuilles (DUGAS & DEBENAY, 1978, 1980, 1981, 1982) présentant la granulométrie et la teneur en carbonates

L'ensemble de ces recherches ont porté essentiellement sur le lagon sud-ouest et plus particulièrement sur les environs de la presqu'île de Nouméa, c'est à dire sur une faible fraction de la superficie des lagons de la zone économique de la Nouvelle-Calédonie.

Les récifs sont donc bien connus au sud-ouest de l’île. L’atoll d’Ouvéa est également relativement bien connu. Les récifs éloignés et les autres lagons de la Grande Terre sont, quant à eux, qualifiés de "mal connus". On évalue ainsi la connaissance globale du lagon calédonien à environ 20%.

D’un point de vue spécifique, on évalue la biodiversité du milieu marin en 15 000 espèces, même si certains secteurs demeurent encore inexplorés.

 

3.2. Typologie et distribution des écosystèmes marins

 

Les récifs coralliens, les mangroves et les herbiers de phanérogames marines occuperaient environ le tiers des littoraux tropicaux peu profonds du monde. Ces écosystèmes ont une importance majeure en région tropicale. Les mouvements hydrodynamiques et les réseaux trophiques font que ces différents écosystèmes ont des liens très étroits entre eux.

 

    • Les récifs coralliens

Les principaux biotopes des récifs coralliens sont les fonds envasés, les fonds de sables gris (plaine lagonaire), les fonds de sable blanc (arrière récif) et les constructions coralliennes (y compris les récifs d’algues, récifs d’atolls, récifs frangeants).

Les récifs frangeants en particulier offrent des zones de frayères de premier ordre pour de très nombreuses espèces de poissons notamment celles à caractère commercial.

La présence et le bon état de santé de ces récifs sont donc primordiaux.

 

    • Les mangroves

Les zones humides les plus représentées en Nouvelle Calédonie sont les mangroves qui occupent préférentiellement les sols salés et boueux au niveau de la zone intertidale. Ces zones sont intimement liées aux écosystèmes récifaux, ayant un intérêt biologique de premier ordre : elles jouent le rôle de nursery pour un certain nombre d’espèces de poissons en même temps que l’interface terre/mer, piégeant les sédiments d’origine terrigène et limitant les impacts des tempêtes et de l’érosion côtière.

Il s’agit de formations basses, représentées par des espèces végétales peu originales.

Environ 50 % des côtes sont bordées de mangroves, couvrant une surface estimée à 200 km2 pour l'ensemble de l'île ; elles sont plus particulièrement développées dans les baies de la Côte Ouest (THOLLOT, 1989, 1996a).

La mangrove est fortement dégradée dans la région de Nouméa où 23 à 28% des surfaces ont été détruites depuis 1960.

 

    • Les herbiers de phanérogames

Il s’agit de zones de nutrition, en particulier pour les espèces menacées telles que tortues et dugongs. Ce sont aussi des zones de frayères et nourricière, ayant un rôle de stabilisation du substrat sédimentaire et d’oxygénation de l’eau.

 

    • Les zones sableuses

Les fonds meubles des lagons de Nouvelle-Calédonie sont constitués de sédiments ayant deux origines : d'une part les apports terrigènes provenant de la Grande Terre qui sont dus à l'érosion pluviale de la croûte latéritique ; d'autre part à la dégradation des récifs coralliens composés de carbonates qui subissent l'agression de la houle et à la production biogène des organismes à squelette calcaire (Mollusques, Algues calcaires, Foraminifères, échinodermes, Crustacés, Bryozoaires...). On observera donc deux gradients sédimentaires inverses : les sédiments carbonatés qui décroissent de la barrière vers la côte et les sédiments terrigènes silicatés diminuant de la côte vers le récif. Il résulte de cette double origine des particules une zonation des fonds des lagons que l'on distingue aussi bien dans les sédiments que dans les communautés benthiques : une zone côtière envasée, une zone de "fonds blancs" carbonatés en arrière récif et une zone de mélange (fonds gris) entre les deux précédentes.

 

3.3. Description du site

 

    • Généralités

 

La barrière récifale calédonienne est immergée et continue (excepté dans le sud-ouest), et présente une superficie de 8 000 km² et s’éloigne de la côte de quelques kilomètres à environ 65 km.

On peut diviser ce grand lagon néocalédonien en plusieurs entités géographiques : les lagons autour de la Grande Terre, aux structures, formes, superficies et bathymétries très différentes, les lagons des Iles Loyauté (Ouvéa, Beautemps-Beaupré), des récifs d'Entrecasteaux comprenant les atolls de Huon et de Surprise, les deux grands atolls de Chesterfield et de Bellona ; et les "atolls" submergés de Fairway et de Lansdowne.

Cette immense barrière corallienne délimite autour de la Grande Terre des lagons dont la surface est estimée à 23 400 km2. La largeur moyenne de ces entités est de 10 km (et atteint 30 km dans le sud-ouest). La profondeur moyenne est de 25 m dans l’ouest et de 40 m dans l’Est avec un maximum mesuré de 80 m.

Ajouté à la surface de la barrière corallienne elle-même, l’ensemble lagonnaire représente près de 40 000 km2.

Il est inclus dans la ZEE des 200 milles nautiques dont la surface est évaluée à 1,74 millions de km2.

    • Ecosystèmes représentés

Pour des raisons géologiques, géographiques et hydroclimatiques, cette île présente une très grande biodiversité terrestre et marine. Le récif barrière délimite autour de l'île principale de vastes lagons qui abritent des îlots coralliens, des récifs frangeants, des herbiers de phanérogames et de caulerpales et des zones de mangroves. Cette diversité d'écosystèmes offre une forte biodiversité spécifique dont la connaissance est loin d'être complète.

 

    • Etat des récifs coralliens

De par leur importance en terme de surface et de biodiversité, l’état de santé des récifs coralliens est encore mal connu. Cependant, on estime que la plus grande majorité des récifs coralliens serait en bonne condition, en dehors des zones récifales en aval des bassins versants miniers en particulier sur la côte Est et de certains récifs aux abords de Nouméa. Les organismes de recherche poursuivent leurs efforts afin que cette connaissance fragmentée soit complétée. Le classement de cette entité naturelle exceptionnelle sur la liste du Patrimoine Mondial renforcera cette implication et permettra de poursuivre l’inventaire et la connaissance des biotopes qui la constituent.

 

    • Biodiversité

Les constructions coralliennes en particulier abritent une richesse spécifique importante. Elle est évaluée à 15 000 espèces dont plus de 10 000 espèces de crustacés et de mollusques. On note également près de 2 000 espèces de poissons et quelques reptiles et mammifères rares ou menacés (tortue Luth, dugong…).

Compte tenu des échanges hydrodynamiques et des caractéristiques géographiques, le taux d’endémisme de la biocénose marine est faible, évalué à 5%. Cependant, il faut rappeler que l’état des connaissances de la biodiversité marine calédonienne est encore aujourd’hui limité.

Les groupes dominants d’un point de vue quantitatif sont les mollusques, les éponges et les échinodermes.

 

    • Les espèces rares ou menacées
    • Mammifères

La présence du dugong est une composante primordiale de la préservation du lagon calédonien.

On note également la présence de 8 autres espèces de mammifères dont la baleine à bosse, le grand dauphin , le globicéphale ou le petit rorqual.

 

Le dugong ou "vache marine" figure en annexe I de la Convention de Washington. Cette protection sur le commerce international s'étend donc au Territoire Français de Nouvelle-Calédonie. La chasse de cette espèce est strictement interdite, cependant, pour respecter les traditions des populations indigènes, des autorisations de captures sont accordées aux tribus à l'occasion de certaines "fêtes coutumières". Normalement, les tribus doivent prévenir la gendarmerie de la capture d'un dugong et remplir une fiche de mensurations. D'après les statistiques issues de ces fiches, 16 spécimens auraient été capturés entre 1978 et 1984 (SYLVESTRE & RICHER DE FORGES, 1985). Depuis la provincialisation, en 1988, le suivi de ces captures semble s'être relâché et il n'y a plus de données fiables. Dans la Province Nord, les chefs coutumiers se sont élevés contre certains abus dans la capture et l'utilisation de la chair de dugong. Malgré le braconnage, la prédation humaine reste très limitée et il semble que cette espèce ne soit pas menacée localement par la pêche. Toutefois, la subsistance de cette espèce dépend de l'état de santé des herbiers de phanérogames qui constituent l'essentiel de leur alimentation. L'hypersédimentation liée aux activités minières a déjà fait disparaître les herbiers côtiers de la côte Est réduisant ainsi les pâturages des dugongs. Par ailleurs, la Nouvelle-Calédonie se situe à la limite de l'aire de répartition du dugong ce qui le rend sans doute plus vulnérable aux perturbations naturelles et anthropiques.

Ils sont également dérangés par les bruits de bateaux à moteur (et de jet-ski) et deviennent rares dans les zones où le trafic est trop intense, c'est à dire dans un rayon de 10 milles autour de la presqu'île de Nouméa.

Des campagnes de sensibilisation sont régulièrement menées par les Associations de protection de l'Environnement et plus récemment par le Service de la Pêche de la Province Sud (GARRIGUE, 1994b).

    • Tortues

Dans le Pacifique, la tortue est traditionnellement pêchée pour sa chair et sa carapace. A l'échelle du Pacifique, les espèces sont menacées par une demande de viande sur les marchés asiatiques et l'augmentation des captures "accidentelles" dans les filets dérivants. Certains pays (Indonésie) exploitent commercialement les œufs de tortues et ont une industrie de transformation de l'écaille. Autrefois, l'écaille de tortues a beaucoup été utilisé en ébénisterie pour les incrustations sur des meubles précieux et pour la fabrication de bijoux, boîtes et flacons, éventails et peignes. Cet usage s'est poursuivi jusqu'aux années 1950. Malgré l'existence de matières plastiques de substitution, il existe encore une forte demande d'écaille véritable pour la restauration des meubles ancien et pour les montures de lunettes (ANONYME, 1997a, b).

La législation sur la capture des tortues sur le Territoire est actuellement la suivante :

- la capture de toutes les espèces est interdite du 1er novembre au 31 mars ;

- sont interdits en tout temps la destruction des nids, la récolte et la vente des œufs ; l'importation, la vente, l'achat et l'exportation des tortues, vivantes ou mortes ou de parties ou produits obtenus à partir de ces animaux (carapaces, écailles).

Des dérogations peuvent être délivrées pour des récoltes scientifiques ou à l'occasion de fêtes coutumières. Cette réglementation n'a jamais été ni admise, ni appliquée dans la Province des îles où les tortues sont capturées toute l'année sans autorisation et où les œufs sont consommés.

Quatre espèces de tortues de deux familles différentes fréquentes les eaux de Nouvelle-Calédonie : Chelonidae, Eretmochelys imbricata dite "bonne écaille", Chelonia mydas "tortue verte, Caretta caretta "grosse tête" ; Dermochelidae, Dermochelys coriacea "luth".

Des données sur la biométrie et la ponte des tortues (essentiellement la verte) ont été acquises lors de missions aux îles Huon et Surprise (PRITCHARD, 1987 ; LABOUTE, 1989b ; HAMEL, 1991, 1992 ; GARRIGUE, 1994). Les principales aires de pontes se situent au nord de la Nouvelle-Calédonie, dans les "récifs d'Entrecasteaux" (îles Huon et Surprise), sur les îlots sableux (motu) de la couronne des atolls de la Surprise (Surprise, Fabre, Le Leizour) et sur l'île Huon (HAEBERLE, 1952 ; PISIER, 1979 ; RICHER DE FORGES & BARGIBANT, 1985 ; HAMEL, 1992). Il s'agirait de l'un des principaux lieux de pontes de tout le Pacifique pour la tortue verte. Cette seule constatation devrait conduire à la mise en réserve de ces deux atolls.

En novembre-décembre, pendant la pleine saison de pontes, il a été observé jusqu'à 300 tortues par nuit sur l'île Surprise et 105 par nuit en janvier à l'île Huon. Les pêcheurs des îles Belep s'y rendent pour capturer des tortues et en rapportent à chaque voyage de 15 à 30 individus, sans tenir compte de la réglementation en vigueur. Ce sont généralement des animaux de taille moyenne, plus faciles à transporter, qui sont consommés (HAMEL, 1992). L'île Surprise, plus proche de la Grande Terre et des îles Belep est visitée soit par des pêcheurs soit par des plaisanciers. Les tortues y sont moins nombreuses qu'à Huon car elles y seraient plus souvent dérangées (LABOUTE, 1989 ; ASNNC, 1989). Au cours des missions réalisées sur ces îles, des marquages ont eu lieu et les recaptures permettront de comprendre les relations entre les stocks de tortues vertes qui pondent en Nouvelle-Calédonie et ceux d'Australie et des îles Fidji. Les marquages ont concerné 48 tortues en janvier 1989, 265 en décembre 1991 et 140 individus en décembre 1992 (ASNNC, Association de la Sauvegarde de la Nature Néo-Calédonienne, 1993).

La mortalité naturelle est très élevée : les prédateurs naturels des jeunes tortues sont les oiseaux (Fregata minor, F. ariel), les crabes (Ocypode sp. ), les requins (Carcharinus melanopterus). Aux causes de mortalité naturelle il faut ajouter les tortues elles mêmes qui fréquemment détruisent un autre nid en voulant creuser le leur. Les plaques de "beach-rock" qui longent les plages de ces îlots constituent des obstacles difficiles à franchir pour les tortues déjà épuisées par la ponte de telle sorte que certaines, surprises par la marée basse, meurent avant d'avoir réussi à franchir ces barrières rocheuses.

Les "motu" de l'atoll de Chesterfield (île Loop, île Longue, îlot Renard) sont également des lieux de pontes pour les tortues mais ils sont beaucoup moins bien connus du fait de leur isolement (RANCUREL, 1973 ; CONDAMIN, 1977 ; SINTES, 1991). Lors de la mission de 1991, 425 traces de tortues furent observées sur les îlots du Mouillage, l'île Loop et l'île Longue (GEERMANS, 1993).

A plusieurs reprises, des tortues marquées en Australie (Heron Is.) ont été retrouvées sur l'île Surprise. La destination des tortues écloses en Nouvelle-Calédonie demeure totalement inconnue (PRITCHARD, 1987).

Ces tortues marines sont toutes inscrites en annexe I de la liste CITES de la Convention de Washington. Il semble cependant que le braconnage soit fréquent (ASSNC, 1991).

Il semble que l'espèce Caretta caretta niche sur l'atoll de Beautemps-Beaupré, sur les îlots de la côte ouest, à l'île des Pins et dans les îlots de l'atoll d'Ouvéa (PRITCHARD, 1987).

Les résolutions adoptées par "The second meeting and workshop of the regional marine turtle conservation programme (RMTCP)" qui s'est tenu à Nouméa en août 1991 concernent pour la Nouvelle-Calédonie : l'encouragement des campagnes d'informations menées par l'Association de la Sauvegarde de la Nature Néocalédonienne, la poursuite des recherches sur les importants lieux de pontes de ce Territoire, la stricte application des textes en matière de conservation et la lutte contre le braconnage.

La plupart des rapports des missions d'études des tortues aux îles Surprises, Huon ou Chesterfield recommandent la mise en réserve de ces lieux exceptionnels (ASNNC, 1991).

 

    • Crustacés / mollusques

Le groupe des Mollusques, qui partout dans le monde subit une forte prédation humaine, renferme en Nouvelle-Calédonie plusieurs espèces particulièrement menacées. Cette menace est liée à l'engouement général des collectionneurs pour les "coquillages". Dans les groupes les plus recherchés que sont les porcelaines, les cônes ou les volutes, l'amateur voudra enrichir sa collection d'espèces endémiques ou rares provenant d'îles éloignées. La menace sur les espèces de Nouvelle-Calédonie est donc une conséquence directe du marché mondial.

Espèces potentiellement menacées

Les volutes :

Les volutes sont des mollusques gastéropodes marins qui ont comme particularité un mode de reproduction avec des larves non planctotrophes. Il n'y a pas de stades larvaires planctoniques de longue durée pour assurer la diffusion de l'espèce. Ce système de reproduction fait que les aires de répartition des espèces sont très restreintes, ce qui les rend plus vulnérables que les autres aux variations des conditions écologiques ou à la prédation humaine. Or il se trouve qu'étant des espèces relativement rares, de grande taille et aux coquilles très esthétiques, elles font parties des familles les plus recherchées des collectionneurs.

Dans la zone économique de Nouvelle-Calédonie, on rencontre treize espèces de la famille des Volutidae dont quatre aux îles Chesterfield et neuf autour de la Grande Terre et des Loyauté (BOUCHET & POPPE, 1988 ; 1995). Toutes ces espèces sont potentiellement recherchées par les collectionneurs et les marchands, certaines atteignant des valeurs élevées. La plupart sont naturellement protégées car ce sont des espèces de profondeur :

- Alcithoe aillaudorum Bouchet & Poppe, 1988 (390-610 m); Lyria kuniene Bouchet, 1979 (250-395 m) ; Lyria exorata Bouchet & Poppe, 1988 (230-300 m) ; Lyria planicostata (Sowerby, 1903) (290 m) ; Lyria habei Okutani, 1979 (140-160 m) ; Calliotectum egregium Bouchet & Poppe, 1995 (500-1060 m), C. piersonorum Bouchet & Poppe, 1995 (550-680 m), C. tibiaeforme (Kuroda, 1931) (487-800 m).

D'autres cependant vivent dans les eaux peu profondes ou même dans la zone intertidale :

- Cymbiola deshayesi (Reeve, 1855) (0-5 m) ; Cymbiola rossiniana (Bernardi, 1859) (10-100 m); Cymbiolacca thatcheri (McCoy, 1868) (30-250 m) ; Lyria deliciosa (Montrouzier, 1859) (5-10 m) ; Lyria grangei Cernohorsky, 1980 (15 m).

Les espèces les plus menacées sont :

- Cymbiola desayesi : vivant uniquement à l'extrême nord de la Grande Terre et aux îles Belep, de 0 à 5 m de profondeur. Elle subit une forte prédation des collectionneurs qui l'utilisent comme monnaie d'échange pour obtenir des coquilles d'autres pays.

- C. rossiniana : localisée au sud de la Grande Terre et à l'île des Pins, de 0 à 20 m (BERNARDI, 1860 ; ESTIVAL, 1983). Cette espèce est rarement trouvée car elle est enfouie dans le sédiment et ne sort que la nuit pour se nourrir (LABOUTE et al., 1991). Les spécimens récoltés par les collectionneurs proviennent généralement des petites profondeurs mais elle existe dans toute la partie sud du lagon sud-ouest (LABOUTE, com. pers. ). Des captures auraient eu lieu au casier jusqu'à 100 m de profondeur. C'est une très grande espèce qui dépasse 20 cm de longueur. Elle est vulnérable du fait de sa faible distribution géographique mais résiste bien à la prédation humaine par un mode de vie cryptique.

- Cymbiolacca thatcheri et Lyria grangei, endémiques des îles Chesterfield, essentiellement de petites profondeurs lagonaires. Bien que les îles Chesterfield soient isolées et d'accès difficile, plusieurs bateaux de plaisance ainsi que des charters de collectionneurs ou autres y font escale (ESTIVAL, 1982 ; RICHER DE FORGES & PIANET, 1984).

Les porcelaines niger:

Parmi les nombreuses espèces de porcelaines présentes en Nouvelle-Calédonie, certaines montrent des formes et des colorations particulières qui leur donnent une valeur importante. Il s'agit en fait d'anomalies dont l'origine n'est pas clairement identifiée. Deux phénomènes semblent corrélés, la rostration et la nigérisation. Ces spécimens monstrueux présentent généralement une taille plus grande que la normale, un mélanisme allant jusqu'au noir charbonneux, des extrémités rostrées avec parfois des lèvres soudées. Les spécimens juvéniles sont toujours normaux et ces modifications apparaissent avec l'âge. Chez C. caurica, il a été montré que la couche mélanisée est une fine pellicule sous laquelle persiste la coloration tigrée propre à cette espèce (PIERSON & PIERSON, 1975).

Il a été suggéré une influence de la température des eaux sur le développement de ces anomalies (ROUGERIE, 1980). En effet le phénomène n'est observée qu'au sud de la Nouvelle-Calédonie et sur la côte du Queensland à la latitude du tropique du Capricorne ; ces deux localités étant baignées en hiver par des eaux de température inférieure à 21,5°C, ce stress thermique sur des populations à la limite de leurs aires de répartition provoquerait une perturbation du métabolisme avec hypercalcification et mélanisation. Toutefois d'autres hypothèses mettant en cause une pathologie liée ou non à la présence de métaux lourds dans l'eau et les sédiments ont été proposées (PIERSON & PIERSON, 1975).

Les individus présentant ce type d'anomalies sont très recherchés par les collectionneurs qui exercent une forte prédation, destructrice du milieux. Certains "chercheurs de coquillages" peu scrupuleux n'hésitent pas à casser le corail à la barre à mines ou encore à déverser des pesticides dans l'eau, dans l'espoir de faire sortir des spécimens de porcelaines niger.

La répartition des porcelaines-niger se limite exclusivement à la frange côtière du sud de la Grande Terre, entre la Baie de Saint-Vincent et le Canal de la Havannah. Des spécimens ont été trouvés sur les pentes des îlots coralliens mais jamais sur le récif barrière et au maximum à 12 m de profondeur.

Les espèces atteintes par ces transformations en Nouvelle-Calédonie sont : Cypraea arabica, C. cylindrica, C. caurica, C. eglantina, C. mappa.... En Australie (Baie de Keppel) ce sont C. arabica, C. felina, C. erosa et d'autres espèces "endémiques". La plus belle des porcelaines "niger" est sans doute Cypraea mappa qui est rarissime (PIERSON & PIERSON, 1975 ; CAVARD, non daté ; CHATENAY, 1977). D'après CHATENAY (1977), 38 espèces de porcelaines de Nouvelle-Calédonie auraient été observées porteuses de rostration et/ou de mélanisme.

Si ces anomalies correspondent bien à une maladie induite par les conditions du milieu et non à des malformations génétiques, leur fréquence dans les populations ne pourrait être observée que dans une zone mise en réserve. Quelle que soit l'origine de ces anomalies, ces porcelaines niger ne représentent qu'un faible pourcentage des populations des espèces concernées et ne sont donc pas menacées en temps qu'espèces. Cependant, PIERSON et PIERSON (1975) signalaient déjà que la pression de pêche sur les porcelaines et les "niger" en particulier risquait de provoquer la disparition de ces spécimens aberrants "qui n'ont plus le temps de se transformer".

Les nautiles:

L'espèce Nautilus macromphalus Sowerby, 1849 est endémique des eaux de Nouvelle-Calédonie. Elle est très abondante sur les pentes externes et aux îles Loyauté où elle vit entre 30 et 700 m avec un optimum de 300 et 400 m de profondeur (INTES, 1978 ; WARD & MARTIN, 1980 ; GRANPERRIN & DUFLO, non-publié). Il semble que son aire de répartition s'étende vers l'ouest jusqu'à l'Atoll de Chesterfield (RICHER DE FORGES et al., 1988a ; RANCUREL, 1990a, b).

Les espèces de nautiles ont une stratégie de reproduction différente de celle des autres céphalopodes : le nombre d'œufs est très réduit, une douzaine d'œufs par saison (une seule ponte par an pour N. macromphalus ?) pendant les quelques années de reproduction. Ces œufs, très gros (25-35 mm) sont fixés individuellement sur le substrat. En aquarium, la période d'incubation dure plusieurs mois (8-9) et pour l'instant, seul l'Aquarium de Waikiki à Honolulu a réussi à obtenir l'éclosion d'un juvénile viable (JOANNOT, 1991). Ce très faible taux de reproduction rend ces espèces vulnérables à la surpêche (WARD, 1987, 1988, WÜRTZ, 1989). La durée de vie des nautiles est de l'ordre de 20 ans et leur croissance est lente puisqu'ils n'atteignent leur maturité qu'au bout de 4 ans.

Sur la Grande-Terre, l'espèce est capturée au casier et commercialisée pour sa coquille auprès des boutiques de souvenirs au prix de 50 à 150 FF pièce. L'estimation des captures est difficile à faire car il s'agit généralement d'une prise accessoire pour les pêcheurs de vivaneaux. La demande augmente proportionnellement à l'activité touristique du Territoire et l'impact de la pêche n'est déjà pas négligeable sur une espèce dont la biologie est mal connue. La moyenne des captures réalisées entre 1976 et 1989 fut de 2,6 individus par casier avec une capture maximale de 44 individus dans un seul casier (GRANDPERRIN & DUFLO, non-publié).

Il est à craindre que l'exploitation de cette espèce n'augmente encore pour le marché de l'aquariophilie. En effet, le nautile est un animal résistant, facile à transporter et particulièrement esthétique en aquarium. Pour l'instant seuls les aquariums publics sont demandeurs mais il est probable que le marché privé s'y intéressera bientôt. L'Aquarium de Nouméa a fait une demande en 1995 auprès des autorités provinciales pour que la pêche et la commercialisation de ce "fossile vivant" soit réglementée et contrôlée mais actuellement aucune décision n'a encore été prise.

 

    • Autres espèces

Les bêches de mer :

Dans l'Indo-Pacifique, certaines holothuries sont consommées sous la dénomination de "bêches-de-mer" ou "trépang". Les principaux amateurs de ces échinodermes sont les asiatiques qui utilisent les téguments, les muscles longitudinaux et certains organes, soit crus, soit cuits et séchés (CONAND, 1994). Parmi les quelques 300 espèces recensées de la région indo-pacifique, une douzaine sont exploitées commercialement (ANONYME, 1995e).

En Nouvelle-Calédonie, la pêche aux bêches-de-mer existe depuis le XIXème siècle sous une forme artisanale. Les espèces commerciales sont par ordre de valeur décroissante : Holothuria (Microthele) fuscogilva, H. (Microthele) nobilis, H. scabra, Actinopyga miliaris, A. echinites, A. mauritiana, Thelenota ananas, Holothuria atra, H. fuscopunctata, Thelenota anax.

Toutes ces espèces ont fait l'objet d'études de leur biologie et de la dynamique de leurs populations pour déterminer les paramètres nécessaires à la gestion des stocks (INTèS & MENOU, 1979 ; CONAND, 1989). La plupart d'entre elles sont sédentaires et fréquentent les fonds meubles des lagons où elles jouent un rôle très important dans l'évolution sédimentaire. Elles sont essentiellement détritivores et utilisent la couche superficielle du sédiment bien que certaines espèces s'y enfouissent (Bohadschia). La bioturbation due à leurs déplacements et à l'ingestion continuelle de sédiments (environ 50 à 100 g de sédiment / individu / jour), dans lesquels elles digèrent détritus, méiofaune, microflore et microfaune, modifie les caractéristiques physico-chimiques des fonds. Une surpêche de ces espèces aura donc des conséquences directes sur l'ensemble des écosystèmes lagonaires de fonds meubles.

La récolte des holothuries se pratique soit en pêche à pied, soit en plongée libre et ne demande pratiquement pas d'investissement. La préparation du trépang demande quelques manipulations, éviscération, fumage, séchage. Les principaux pays importateurs sont Hong Kong, Singapour et Taiwan.

En Nouvelle-Calédonie, une centaine de pêcheurs sont actuellement en activité, particulièrement sur la côte nord-est de la Grande Terre. Depuis 1984, la production annuelle se situe aux alentours de 100 tonnes d'holothuries séchées et il n'est pas certain que les lagons puissent supporter cette ponction très longtemps. Les valeurs de "prise maximale soutenue" estimées pour les lagons sont de l'ordre de quelques dizaines de kilogrammes par hectare ; "Ces valeurs mettent bien en évidence le caractère limité et donc fragile de ces ressources" (CONAND, 1994).

 

Les poissons de profondeur :

Au cours de la campagne réalisée en 1980 par un bateau de pêche japonais, le "Kaimon maru" la présence d'importants stocks de poissons de profondeur fut mise en évidence sur le sommet des monts sous-marins de la ride de Norfolk. La campagne d'exploration CHALCAL 2 confirma l'abondance de certaines espèces sur les bancs Aztèque (maintenant dénommé Antigonia sur les cartes marines), Éponge (= mont B) et Kaimon-maru. Les résultats furent très spectaculaires et tout à fait inhabituels pour une zone tropicale : 94 t / j sur le mont C et 34,7 t / j sur le mont Éponge . Les espèces d'intérêt commercial sont Beryx splendens, Pseudopentaceros richardsoni et Hyperoglyphe antarctica. Ces espèces firent l'objet d'une pêcherie de 1988 à 1991 par un armement franco-japonais. Une étude halieutique de 1991 à 1993 permis de préciser la biologie de Beryx splendens et de définir les paramètres d'exploitation des stocks (LEHODEY, 1994).

La pêche des espèces de profondeur est relativement nouvelle et dans la région concerne des stocks vierges d'espèces vivant en eaux froides et dont la croissance est lente. Par ailleurs, ces poissons sont concentrés sur le sommet des monts sous-marins de dimensions réduites où leur capture perturbe l'écosystème. Une pêche par chalutages, très destructrice pour le benthos (gorgones, anthipathaires, spongiaires), ne pourrait se maintenir sans détruire la ressource. Les pêches à la palangre de fond pratiquées par la pêcherie ne sont pas directement destructrices sur le benthos mais la ponction réalisée sur des communautés aussi restreintes géographiquement a un impact mal évalué.

Dans l'hypothèse où les Beryx splendens capturés sur les monts sous-marins des rides de Norfolk et des Loyauté appartiendraient à un seul et même stock, la biomasse vierge exploitable a été estimée à environ 2000 t (LEHODEY, 1994). Pendant les années d'exploitation, la prise maximale soutenue s'est située entre 395 et 468 t / an et aucune baisse importante des rendements, signe de surpêche, n'a été observée. La campagne HALIPRO 2 a montré que cette espèce s'étendait en profondeur sur les pentes des monts sous-marins jusqu'à 900 m (GRANDPERRIN et al., 1997a, b).

 

Les requins :

Comme partout ailleurs dans l'Indo-Pacifique, les requins sont pêchés en Nouvelle-Calédonie par les thoniers palangriers. La société "Navimon" rapporte de 150 à 200 kg d'ailerons de requins par semaine et sa concurrente, "Calédonie Toho" environ 120 kg par semaine également. Séchés et traités localement, ces produits sont exportés vers Hong Kong et Taiwan. Le requin Mako est la seule espèce qui soit utilisée en plus pour sa chair. Il a été envisagé d'utiliser aussi la peau et le foie des requins mais cela ne semble pas rentable en Nouvelle-Calédonie où la main-d’œuvre est très chère ; les requins sont donc le plus souvent rejetés à la mer, amputés de leurs ailerons. Par ailleurs, les requins Tigres sont activement recherchés pour leurs dents utilisées en joaillerie.

 

L'exploitation des coraux :

Toutes les espèces de scléractiniaires qui composent les récifs coralliens sont inscrites sur la liste CITES (Convention sur le Commerce International d’espèces menacées) en annexe II.

Dans différentes régions de l'Indo-Pacifique, les scléractiniaires constructeurs sont ou ont été exploités soit pour en extraire le calcaire utilisable comme matériau de construction (four à chaux à La Réunion) soit comme objets décoratifs, vendus aux touristes comme souvenir soit comme "mobilier d'aquarium" (WELLS et al., 1994). L'exploitation des coraux est une nuisance très destructrice qui s'ajoute aux perturbations naturelles du milieu (cyclones, Acanthaster, blanchissement) et peut induire la mort d'une zone récifale.

Vente des coraux dans les "curios" : Les principaux genres touchés par cette utilisation décorative des coraux sont : Acropora, Fungia, Pocillopora, Heliopora, Tubipora, Stylophora, Seriatopora, Pectinia et Pavona. La diversité spécifique de ce qui est commercialisé est variable selon les régions du Pacifique et la clientèle : aux Philippines elle est de 30 espèces, aux Fidji de 56 espèces dont la plupart sont des coraux branchus (Acropora), par contre, en Australie, c'est l'espèce Pocillopora damicornis la plus touchée. L'estimation mondiale de l'exploitation corallienne pour la décoration est de 1,5.106 coraux / an en 1990 exporté principalement vers les États-Unis, l'Europe et le Japon (WELLS et al., 1994). Ces statistiques proviennent d'un contrôle à l'exportation, mais il est difficile de quantifier la vente directe aux touristes pratiquée dans la plupart des îles. Une nouvelle mode se développe, l'utilisation des coraux vivants pour garnir les aquariums. Les principaux genres concernés sont Catalaphyllia, Euphyllia, Goniopora et Favites. Les principaux importateurs se situent aux États-Unis et en Europe et les quantités importées augmentent rapidement.

Les exploitations de coraux atteignent rapidement le seuil de surpêche car les espèces concernées ont des croissances très lentes, d'une dizaine de centimètres par an pour les coraux branchus, mais de l'ordre du centimètre seulement pour les coraux massifs (Montastrea, Platygyra). La recolonisation d'un milieu exploité peu prendre des décennies.

En Nouvelle-Calédonie, une tentative pour réguler ce genre de pêche a été faite en 1982 en réglementant la pêche et le commerce et en associant un suivi scientifique des exploitations autorisées (JOANNOT, 1990). La pêche s'est développée à partir de 1980 avec la récolte de coraux branchus vendus dans les "curios". Sur la période 1981-83 la société SEPAL EXOTIC FISHING était le principal exploitant. En 1983 une réglementation interdisait la pêche, le transport et la commercialisation des coraux (à l'exception des genres Fungia et Acropora de moins de 300 g) sur le Territoire de Nouvelle-Calédonie (arrêté n°83-003/CG). Cependant des dérogations à cet arrêté permirent à un commerce des coraux de perdurer. De 1984 à 1990 le nombre d'autorisations de pêche, délivrées par le Service de la Marine Marchande et des Pêches Maritimes, n'a pas dépassé 5 par an. La production annuelle sur la même période aurait varié de 101 à 280 t/an. Pour cette période d'exploitation, la société "Acropora" installée sur la presqu'île de Uitoe a exploité essentiellement des Faviidae (Platygyra, Leptoria, Favia, Favites).

A partir de 1984, une zone de pêche autorisée, à titre expérimental, est définie sur la zone interne du récif barrière du lagon SO, le récif Tetembia, et un contrôle scientifique est établi. A partir de 1985, au vu des premiers résultats scientifiques, la liste des genres autorisés à la pêche est modifiée et en particulier, le commerce des espèces de la famille des Faviidae est interdit sous forme brute (blanchis ou décapés). En effet il s'est révélé que c'est sur cette famille que porte la plus forte prédation (280 t en 1988). Ces coraux massifs aux squelettes formant des motifs en méandres sont usinés pour finir sur une étagère sous forme de boules ou de pieds de lampes. En 1987, la réglementation se complète en fixant une taille minimale de 25 cm au diamètre des colonies de Favidae autorisés à la pêche et fermant celle-ci pendant la période de reproduction, d'octobre à décembre. D'après les arrêtés n°84-180/CG du 9/5/84 et n°87-220/CE du 12/11/87, les genres de coraux autorisés à la pêche professionnelle sur le récif Tetembia sont : Acropora, Seriatopora, Pocillopora, Stylophora, Millepora, Montipora, Acrhelia, Hydnophora, Merulina, Pavona, Porites, Fungia, Herpolitha, Polyphyllia, Leptoria et Platygyra.

Les résultats du suivi de l'exploitation "Acropora" ont été les suivants (JOANNOT, 1990):

Années Production Prise par Unité d'Effort (P.U.E)

1985 182 t 63 kg /h/plongeur

1988 280 t 99,7 kg/h/plongeur

Des études de dynamique des populations sur la famille des Faviidae ont permis d'estimer le stock pour le récif Tétembia (520 ha) à 2 795 t et la biomasse exploitable à 655t. La récolte de cette exploitation était donc très importante puisqu'elle atteignait (valeur déclarée) environ 10 % de la biomasse. Or, la croissance des colonies massives est très lente, de l'ordre de 0,5 à 1,5 cm / an en diamètre et l'âge des grandes colonies exploitées est estimé à 60 ans. Au vue de ces résultats, un quota de pêche aux Faviidae fut fixé à 30 t / an et fort heureusement cette exploitation s'est arrêtée d'elle même en 1990 avant la destruction du stock de Faviidae de ce récif.

Dans certains autres pays coralliens (Philippines, îles Maldives...), la récolte des coraux vivant est maintenant totalement prohibée (WOOD & WELLS, 1988). En Nouvelle-Calédonie, un nouveau type de demande d'exploitation corallienne vient d'apparaître. Il s'agit des "pierres vivantes" pour faire des décorations d'aquariums. Ce sont généralement des Lithothamniées encroûtantes fixées sur des coraux morts. La demande n'est pas négligeable, environ 25 t / an, et aucune législation ne réglemente les algues calcaires. Par contre, les coraux morts sont soumis aux mêmes règles que les vivants pour ce qui est du commerce international.

 

Le crabe de cocotier :

Le crabe de cocotier, Birgus latro est un énorme (> 3 kg) crustacé anomoure de la famille des Coenobitidae. Il passe la plus grande partie de sa vie sur terre et ne dépend du milieu marin que pour sa phase larvaire. Il est très apprécié pour sa chair, sa capture est facile et ne demande aucun investissement en matériel ce qui fait que les populations de cette espèce sont surexploités dans de nombreuses localités (Vanuatu, Guam) de son aire de répartition indo-ouest-Pacifique (SCHILLER et al., 1991).

En Nouvelle-Calédonie, il ne vit qu'aux îles Loyauté, à l'île des Pins et au sud de la Grande Terre dans les zones de récifs soulevés et il pénètre parfois de plusieurs kilomètres à l'intérieur des terres. Le déclin de l'espèce est dû à une surexploitation directement liée à la croissance démographique humaine dans les îles. Aux îles Loyauté, les crabes sont attirés par des appâts (noix de coco) puis capturés à la main de nuit pendant une saison de "pêche" qui dure environ 8 mois par an. A Lifou, la récolte annuelle est estimée entre 39 000 et 51 000 crabes pour un stock estimé à 780 000 individus + ou - 105, soit 27,5 crabes / ha (El KADIRI-JAN, 1995). Cet auteur montre que pour l'île de Lifou, le crabe de cocotier n'est pas surexploité, certainement grâce au relief accidenté des zones de pêche et au nombre d'habitants réduit. Toutefois l'attention est attirée sur la vulnérabilité de cette espèce.

 

Les langoustes :

En Nouvelle-Calédonie, les langoustes et les cigales de mer font l'objet d'une petite pêche artisanale pratiquée en plongée principalement par la communauté polynésienne sur la Grande Terre et par les mélanésiens aux Loyauté et à l'île des Pins (PRESCOTT, 1980). La "pêche récréative" a probablement autant d'influence sur le milieu que celle des "professionnels". Il n'existe toutefois ni étude ni statistiques permettant de situer l'effort de pêche. La zone aisément accessible aux bateaux de plaisance, dans un rayon de 10 milles autour de l'agglomération de Nouméa semble surexploitée. La réglementation actuelle définit une taille minimale de 9 cm de longueur du céphalothorax et la pêche des langoustes grainées est interdite toute l'année. Les études préliminaires faites par CHAUVET et WEIL (1991), JOOP (1992), GRANDIN et CHAUVET (1994), CHAUVET et FARMAN (1994) et les statistiques des pêches maritimes (ANONYME, 1990) donnent un aperçu sur l'exploitation des langoustes en Nouvelle-Calédonie. Si l'on en croit ces derniers documents, la Nouvelle-Calédonie aurait pêché en 1989, 24,7 t de langoustes et en aurait importé 1,2 t et pour 1990, ces chiffres seraient de 12,4 t et 3,3 t. PITCHER (1993) cite comme production en Nouvelle-Calédonie 10 t pour 1987.

Si l'on applique les résultats concernant les Panulirus penicillatus d'Enewetak à la Nouvelle-Calédonie, pour 1 600 km de récif, 120 individus par kilomètre, un poids moyen de 500 g, on obtient un stock en place de 96 t. Il s'agit uniquement d'un ordre de grandeur car aucun comptage n'a été réalisé en Nouvelle-Calédonie ; ce tonnage potentiel est probablement sous-estimé (RICHER DE FORGES & LABOUTE, 1995). Une meilleure estimation devrait également tenir compte des quatre principales espèces présentes sur le front récifal et de leur compétition pour l'occupation de l'espace.

Généralement, les réglementations sur la pêche à la langouste utilisées dans différentes région du Pacifique, concernent :

- une saison de fermeture de la pêche ;

- une taille minimale de capture, qui correspond à la maturité sexuelle des femelles ;

- l'interdiction de prendre les femelles grainées.

Ces mesures, si elles sont respectées, sont suffisantes pour protéger le stock, d'autant plus que la dispersion des larves est importante et le recrutement pratiquement indépendant d'une pression de pêche locale.

Les techniques de capture sont par contre mal réglementées. Les langoustes sont le plus souvent pêchées de nuit, en plongée libre (la présence d'un équipement de plongée à l'air à bord du bateau étant passible d'amende), avec un fusil sous-marin et l'extraction de l'animal de son abri occasionne souvent des dégâts sur l'environnement corallien. Cette technique qui blesse l'animal est d'ailleurs très préjudiciable à la qualité de sa chair, une langouste qui a saigné perdant une partie de son goût. La détérioration du récif est, à long terme, néfaste aux pêcheurs, l'habitat de la ressource étant dégradé, ce qui favorise l'apparition de la ciguatera.

 

3.4. Conservation et protection

    • Les aires protégées

Une trentaine d’espaces ont actuellement le statut d’aires protégées, dont 4 aires marines. Elles se répartissent en réserves naturelles intégrales, parcs territoriaux ou réserves spéciales.

Les aires marines représentent 2,8% de la surface du lagon (52 270 ha). Il s’agit :

  • de la réserve spéciale du Grand Récif (35 300 ha) au sud-ouest de Nouméa
  • de la réserve marine intégrale Yves Merlet au large de Yaté (16 700 ha)
  • du parc provincial du lagon sud comprenant 6 îlots près de Nouméa
  • les réserves spéciales de Bourail et de la baie de Prony.

Dans tous ces espaces, la pêche et la collecte d’organismes marins, la chasse, la capture des animaux terrestres sont interdites. La végétation est également protégée.

Ces zones font l’objet de surveillance par bateau et sont régies par les délibérations provinciales.

De plus, une zone protégée d’une largeur de 1 000 m depuis la plus haute limite des eaux a été instituée tout le long des côtes de la Grande Terre, de l’île des Pins, des îles Loyauté, de l’archipel des Bélep et de toutes les îles inhabitées situées à moins de 19 km de la Grande Terre. A l’intérieur de cette zone, la pêche, la collecte professionnelle d’organismes marins sont interdites, l’autoconsommation autorisée.

A celles-là s’ajoutent les zones humides protégées telles que celles présentent sur l’îlot Leprédour et l’île de Pam, en particulier leurs mangroves.

    • Les institutions en charge de la gestion des espaces protégés

En Province Sud, les aires protégées marines sont gérées par le service de la mer de la Direction des Ressources Naturelles.

Le service homologue dans les deux autres provinces n’existe pas encore. En Province Nord, l’environnement est une compétence de la Direction du Développement Economique.

 

En Province des Iles, l’environnement est inclus dans le service topographique et de l’aménagement.

Les réserves sous la tutelle de l’Etat sont gérées par la DAFE (Direction de l’Agriculture, de la Forêt et de l’Environnement), organisme mixte territoire/Etat. Cet organisme est également le représentant du Ministère de l’Environnement français et, à ce titre, est en charge de l’application des conventions internationales ratifiées par la France et en vigueur en Nouvelle Calédonie.

Enfin, il existe un comité pour la protection de l’environnement dans la Province Sud qui regroupe l’IRD, les associations de protection de la Nature entre autres, et joue le rôle de conseiller auprès de la Province.

 

    • Les réglementations

Voir chapitre "gestion du site" ci-après.

 

4. Gestion du site

 

4.1. Les mesures de protection, les outils de gestion

    • Mesures de protection contre l’érosion et la sédimentation

De nouvelles techniques d’extraction sont mises en œuvre dans l’exploitation du nickel, pour limiter l’impact de l’érosion, par la mise en décharge stables des déblais de pistes et de stériles. Le découpage des sites d’exploitation par bassins versants et le dimensionnement des ouvrages de collecte et de décantation des eaux, en fonction de la superficie des bassins ont permis de réduire considérablement les entraînements par les eaux de pluie. De plus, les programme de réhabilitation des anciens sites miniers et de revégétalisation permettent la stabilisation des talus et des terrains en pente, mais ces actions ne sont encore pas systématiques, l’investissement étant considérable.

À terme, les mesures devraient viser la prise en compte de l’ensemble des nuisances depuis les zones d’extraction, les pistes, les décharges, les cours d’eau, les décanteurs, les ports de chargement.

Les études d’impact sont réclamées dans le cadre des exploitations minières et des carrières dans les trois Provinces.

    • Mesures contre la pollution domestique, agricole et industrielle

La gestion de la pollution domestique est du ressort des communes au sein desquelles des schémas directeurs d’assainissement peuvent être adoptés (Nouméa, Hienghène, Koumac…). À l’heure actuelle, c’est l’assainissement individuel (quand il existe) qui prévaut dans la plupart des communes. Le nombre de stations d’épuration est encore limité, ou insuffisant (Grand Nouméa où 50% d’équivalents habitants sont traités). L’amélioration de l’assainissement des eaux usées de la ville de Nouméa est affichée aujourd’hui comme action prioritaire dans le cadre du prochain contrat de plan Etat-Nouvelle-Calédonie.

L’impact des activités industrielles sur le milieu marin est étudié à l’échelle de l’entité par la réglementation sur les Installations Classées (tutelle provinciale). Les trois provinces tendent à améliorer cette réglementation de manière à la rendre plus systématique, et efficace, selon l’étendue du tissu e économique de leurs espaces. Elles mènent également des réflexions globales de fond notamment sur la gestion des déchets non ménagers dont le stockage actuel (souvent en bord de mer) menace l’équilibre écologique des sites.

 

    • Mesures en matière de gestion de ressources

Les services de la mer de chaque province sont responsables de la création, de la gestion et du contrôle des réserves. Ils sont également compétents pour le gestion des zones lagonaires et font appliquer la réglementation sur les pêches. Ils peuvent également délivrer les permis de pêche et participer au suivi des stocks piscicoles.

Sur la base d’études de dynamique des populations et de biologie des espèces, des règles de gestion (quotas, taille, périodes et zones de pêche) existent pour un certain nombre d’espèces : crabe de palétuvier, langoustes, trocas, bêches de mer, spongiaires, bryozoaires, poissons d’aquarium. En dehors du Grand Nouméa et de quelques autres communes, l’effort de surveillance se limite à des contrôles terrestres le plus souvent, par la Gendarmerie. L’ensemble des professionnels sont soumis à une réglementation stricte, le braconnage est donc plus du fait des particuliers.

Par ailleurs les réserves coutumières, reconnues par le droit français, correspondent à des zones traditionnelles de pêche et peuvent être assimilées à des zones protégées.

En dehors des institutions, des réflexions menées dans le domaine associatif font ou feront évoluer la définition des priorités en matière de gestion de la ressource. C’est le cas pour le WWF-France (World Wildlife Fund for Nature) dont la représentation récente (octobre 2001) a présenté ses axes de travail : protection de la forêt sèche dans un premier temps puis des milieux humides, de la forêt tropicale humide et du milieu marin.

Dans le même temps, l’IFRECOR (Initiative Française pour les Récifs Coralliens) pilote de nombreuses actions parmi lesquelles le renforcement des connaissances sur l’impact des aires protégées, sur les ressources halieutiques, et le développement des systèmes d’informations.

 

    • Mesures contre l’impact du tourisme

Outre la planification, les actions concernent essentiellement l’aménagement et la gestion des aires protégées (mise en place de bouées de mouillage dans les lieux fréquentés, diffusion de plaquettes d’information…). Des actions de sensibilisation menées par le monde associatif et secondées par les Provinces ont également permis la création d’un sentier sous-marin autour d’un îlot proche de Nouméa (2000).

 

    • L’information et l’éducation

Les sociétés actuelles mesurent l’intérêt de la protection des sites, en particulier des écosystèmes marins. Il s’agit, entre autres, d’intérêts éducatifs ou ludiques :

- Une réserve permet de sensibiliser les jeunes à la diversité du vivant et fournir un complément indispensable aux connaissances théoriques ;

- Le public se rend dans une réserve pour se distraire, voir des espèces et des milieux particuliers difficilement observables ailleurs. La réserve devient le seul endroit où l'on est hors d'atteinte du développement ;

- Le plaisir d'observer une nature intacte et la satisfaction de la transmettre aux générations futures ;

- Sauvegarder des espèces permet le repeuplement d'autres zones surexploitées. Toutefois, on se pose rarement la question de l'aire minimale à protéger pour que cet objectif soit atteint ;

Les moyens mis en œuvre dans ce domaine regroupe la création d’organismes et d’associations, la diffusion de plaquettes explicatives à destination des plaisanciers notamment, des campagnes de sensibilisation :

  • l’Aquarium de Nouméa apporte la connaissance de nombreuses espèces, notamment pour le public scolaire
  • les guides des réserves, des oiseaux de mer, des mouillages, édité par la Province Sud, informe les utilisateurs de la mer de la protection du milieu

  • le CIE (Centre d’Initiation à l’Environnement) de compétence provinciale informe le public, intervient dans les écoles, créé des plaquettes de sensibilisation
  • l’IRD informe le public par des conférences, des publications, un site Internet sur les récifs.
  • Les associations de protection de la Nature organisent des "sorties nature" permettant la découverte des sites remarquables

 

    • Réseaux de surveillance et recherche

Ils sont constitués de différentes structures présentées également en annexe.

Il s’agit entre autres :

  • des organismes de recherche : IRD, UFP, IFREMER
  • des structures associatives : Observatoire des Récifs Coralliens regroupant les membres intéressés des clubs de plongée locaux (ORC), IFRECOR…
  • des structures administratives : services de l’environnement des Provinces, Mairie de Nouméa (équipes de l’Aquarium et du Service Municipal d’Hygiène pour les mesures de la qualité des eaux de baignade)
  • des bureaux d’étude (études da faisabilité, d’impact).

 

    • Outils réglementaires
    • En regard de la protection des espèces

La faune marine comporte plusieurs espèces rares ou menacées répertoriées dans le livre rouge de l’UICN et par la CITES (Convention sur le Commerce International des espèces menacées de la faune et de la flore sauvages). Parmi celles-ci, on peut citer la baleine à bosse, le cachalot ou le grand dauphin, le dugong, le crabe de cocotier, certaines espèces de langoustes.

Afin de limiter l'impact de la prédation humaine sur les espèces vulnérables, citées plus haut, par une réglementation Territoriale adéquate et, de voir s’il y a lieu de demander l'inscription de certaines espèces en Annexe II de la liste CITES, il est prévu d'affiner les connaissances scientifiques sur le sujet (aire de répartition, période de reproduction, densité, vitesse de croissance, pression de pêche, commercialisation...).

 

 

La protection de certaines espèces particulières pourrait être appréhendée au cas par cas. La protection des stocks d'holothuries pourrait se faire par l'un des moyens suivants :

- définition d'une taille minimale pour chaque espèce ;

- fixation de quotas basés sur les estimations de densité ;

- restrictions de zones de pêche avec rotation.

Il convient de noter qu'une fermeture périodique n'est pas envisageable car toutes les espèces n'ont pas les mêmes périodes de reproduction.

Cependant on peut admettre qu'aucune de ces solutions n'est applicable en Nouvelle-Calédonie où cette activité est pratiquée par les tribus. La seule réglementation réaliste semble se situer au niveau du traitement des bêches-de-mer pour lequel il serait possible d'instaurer une licence professionnelle et de fixer des quotas à l'exportation.

De même, dans le cas des langoustes, les difficultés viennent du fait qu'il existe une seule réglementation pour plusieurs espèces avec des caractéristiques biologiques et écologiques différentes (GEORGE, 1972). Ainsi en Nouvelle-Calédonie, faudrait il interdire totalement la capture de la "langouste de Bourail" (Panulirus homarus) qui est particulièrement vulnérable du fait de son habitat très localisé à "la Roche Percée" (Bien que cette espèce ne soit pas nommément protégée, la création de la réserve de Poé protège maintenant intégralement son habitat). Par contre la législation sur la taille minimale et l'interdiction de capturer des femelles grainées semble bien adaptée pour P. ornatus, P. penicillatus, P. versicolor et P. longipes femoristriga. Il n'y a aucune réglementation sur la pêche des cigales de mer, à moins qu'elles ne soient assimilées aux langoustes par le législateur ?

Enfin, la création de zones totalement interdites à la pêche présenterait de nombreux avantages :

- maintien d'une biomasse cryptique contribuant à la productivité du stock exploité ;

- la biomasse mise en réserve serait une assurance contre les erreurs de gestion des stocks;

- la biodiversité globale de l'écosystème serait préservée ;

- ces réserves constitueraient des laboratoires pour les études d'halieutique comparée.

La gestion de telles réserves serait relativement simple puisqu'il suffirait d'établir un contrôle faisant respecter l'interdiction totale de pêche. Par ailleurs, les écosystèmes ainsi reconstitués pourraient se prêter au développement d'un écotourisme (FONTENEAU, 1996).

Il semble que les nombreux travaux d'halieutique et les modèles de gestion des stocks établis pour les pêcheries tropicales aient rarement (sinon jamais ?) eu d'application pratique et que les stocks soumis à un effort de pêche très élevé se soient maintenus parce qu'il existait des zones naturelles de réserves.

    • En regard de la protection des espaces

La mer côtière est soumise à un régime juridique diversifié selon les zones : zone des pas géométriques, rivage, eaux intérieures, eaux territoriales. Pour les mers côtières, c'est l'article 7 de la loi référendaire qui s'applique et donne compétence aux Provinces pour la gestion de l'environnement. Depuis l’application de la loi organique le 1er janvier 2000, l’ensemble du domaine public maritime a été transféré aux Provinces. Désormais, elles ont la maîtrise pleine et entière du milieu littoral (dans la limite des 12 milles) : exploration, exploitation, gestion des ressources naturelles biologiques et non biologiques. La zone économique est sous juridiction du territoire de la Nouvelle-Calédonie.

    • En regard de la réflexion globale

La loi organique signée par les responsables politiques locaux et l’Etat français prévoit la création d’une commission de l’environnement chargée de la réalisation du schéma d’aménagement de la Nouvelle-Calédonie (article 211, 19 mars 1999).

Des groupes de réflexion existent également à l’échelle provinciale ou inter-provinciale : il existe notamment un comité pour la protection de l’environnement dans la Province Sud qui regroupe l’IRD, les associations de protection de la Nature entre autres, et joue le rôle de conseiller auprès de la Province. Le GFS (Groupe Faune Sauvage) réunissant les 3 entités institutionnelles en matière d’environnement, les associations de protection de la nature et les organismes scientifiques oriente également ses recherches et stimule la réflexion dans le domaine de la protection des espèces terrestres y compris les oiseaux marins.

 

    • Outils financiers (contrat de développement…)

Les premiers contrats de développement, fondés sur le rééquilibrage économique ont été signés en 1990. La part affectée en faveur de l’environnement au sens large était en 1993, de 32% par les Provinces et de 52% par l’Etat, pour un montant global de plus de 10 milliards de cfp.

 

4.2. Organismes susceptibles d’être acteurs de la gestion du site

    • Les Provinces

Les Provinces sont le plus souvent les interlocuteurs privilégiés en matière d’environnement. Elles sont en charge de la protection des sites, faune et flore, coraux et minéraux, du lagon jusqu’au tombant du récif, des rades, des cours d’eau et des étangs où les eaux sont salées, ainsi que de la zone du Pas Géométrique et des eaux territoriales (dites "des 12 milles") depuis le 1er janvier 2000. Elles sont également chargées de la gestion des espaces forestiers, (y compris incendies), de la pêche et de la chasse, des projets en matière de développement agricole ou pastoral, ainsi que du droit foncier.

En matière d’environnement industriel, ce sont elles qui instruisent les dossiers d’installations classées pour la protection de l’environnement, qui contrôlent tout ce qui a trait à l’hygiène et la santé publiques, et qui régissent le droit de l’urbanisme (Agences d’Urbanisme). Elles sont aussi en charge de la gestion des déchets.

Enfin, les mines, y compris les matières réservées telles que nickel, cobalt, chrome, qui dépendaient jusqu’à présent du Pays, ainsi que les carrières sont également gérées sous leurs tutelles.

    • Autres services pouvant intervenir secondairement
    • Services de l’Etat

L’Etat est représenté par le Délégué du gouvernement, Haut-Commissaire de la République qui veille à la légalité des actes des collectivités du pays.

Il est notamment en charge de l’application des conventions internationales ratifiées par la France et applicables en Nouvelle Calédonie (7 à ce jour). Il garde aussi droit de regard sur la Zone Economique Exclusive (zone des 200 milles). La lutte contre la pollution marine accidentelle (plan POLMAR) ainsi que l’organisation de la sécurité civile est également de son ressort.

    • Le territoire de la Nouvelle-Calédonie

Depuis l’application de la Loi Organique de 1998, il est en charge : de la santé et de l’hygiène publiques (hôpitaux territoriaux…), de la réglementation et de l’organisation des services vétérinaires et de l’hygiène alimentaire, des transports routiers, des communications portuaires et aéroportuaires, des ouvrages de production et de transport d’énergie électrique. Il est aussi en charge de l’élaboration de statistiques, ainsi que de l’organisation des services météorologiques. Soulignons dans le même temps que le Territoire est propriétaire de la majeure partie des espaces forestiers non exploités, des eaux de surface et souterraine.

Il est important de souligner que le Territoire apporte également un soutien technique non négligeable aux Provinces notamment dans le domaine de l’environnement industriel (pollutions industrielles…), à travers le Service des Mines et de l’Energie (SME) qui joue ainsi le rôle d’une DRIRE métropolitaine en bien des points.

    • Les communes

Les communes sont, entre autres, en charge des réseaux d’eau (potable et assainissement. Le Code des Communes leur confère également des compétences en matière de sécurité, salubrité, y compris la protection et la lutte contre l’incendie, domaine pour lequel elles créent le plus souvent des syndicats intercommunaux leur permettant de réduire des frais de mise en place et de fonctionnement importants.

 

    • Les organismes consultatifs

Le Conseil coutumier est formé par les grands chefs et représente les aires coutumières de Nouvelle Calédonie. Il est consulté sur le projets et propositions de délibération des assemblées de Provinces relatives au statut de droit particulier et de droit foncier.

Le Comité économique et social est composé des principaux représentants économiques du territoire. Il est consulté pour les projets à caractère économique, social et culturel.

Le Comité consultatif des mines regroupe des représentants de l’Etat, et des organisations professionnelles et syndicales. Il est consulté pour les questions liées à la législation des mines et de la métallurgie.

 

 

5. Facteurs affectant le site

5.1. Les facteurs naturels

    • Les cyclones

Les cyclones, par la puissance destructrice des énormes houles qui déferlent sur les côtes, les niveaux marins exceptionnels qu'ils occasionnent et les très fortes pluies qui leurs sont associées, perturbent les récifs coralliens (LE BORGNE, 1986).

 

Les cyclones sont des événements isolés, semblent imprévisibles et suivent des trajets erratiques. Ils obéissent cependant à des "lois" et ne passent pas n'importe où : dans le SO Pacifique, ils se forment presque tous aux abords de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, près de la "warm pool" (grande piscine d'eau chaude) où les températures de surface sont en permanence supérieures à 27°C ; la présence d'une terre émergée, grande île ou masse continentale, fait dévier les dépressions. Si l'on regroupe sur une même carte les trajets cycloniques depuis 1908 dans la région australienne, on obtient deux enchevêtrements de tracés qui suivent les côtes et montrent que les zones coralliennes du Pacifique ouest subissent relativement souvent ces perturbations (DONE, 1993). Dans le Pacifique central, les développements cycloniques sont plus rares et d'autant plus dévastateurs.

Cependant, le passage des perturbations cycloniques est nécessaire au développement de certaines structures récifales, comme les îlots et cayes de sable, car l'action destructrice des fortes houles provoque une accumulation de débris (levées détritiques) qui surélève les côtes et les soustrait à l'érosion ordinaire de la houle (SCOFFIN, 1993). Par ailleurs, ces levées détritiques forment un milieu cavitaire offrant des habitats à une riche faune d'une grande diversité (spongiaires, bryozoaires, ascidies, crustacés, mollusques...).

    • Le blanchissement des coraux

Le blanchissement des coraux ou "bleaching" est un phénomène qui correspond à un rejet des zooxanthelles symbiotes par les colonies de coraux. Il s'observe généralement à la suite d'un stress et concerne plusieurs genres (Acropora, Pocillopora, Montipora, Porites...). Les colonies sans zooxanthelles sont blanches et meurent lentement. Cette situation a été observée en de nombreux endroits (Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Caraïbes, Mer Rouge) et plusieurs interprétations des causes de ce blanchissement ont été proposées. Pour certains il s'agirait d'une pathologie en réaction à un stress thermique (ROUGERIE et al., 1992 ; JOKIEL & COLES, 1990) et pour d'autres d'une simple tentative d'adaptation à de mauvaises conditions du milieu (BUDDEMEIER & FAUTIN, 1993). Les blanchissements en masse sont apparus très récemment. La première observation date de 1931 et, en 1979 il y avait seulement une vingtaine d'observations de coraux blancs. Il semblait donc logique de relier ce phénomène mondial à un impact anthropique et plus particulièrement aux changements globaux tels que l'augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère. La relation hôte/symbionte est perturbée au niveau de la réalisation de la photosynthèse et de la fixation du CaCO3.

 

Par ailleurs, les scléractiniaires ne sont pas les seuls atteints par le blanchissement et l'on a pu également observer un rejet des zooxanthelles symbiotes chez des zoanthaires (Palythoa caribaeorum), des actiniaires et les grandes espèces de foraminifères (LESSER et al., 1990). C'est donc les écosystèmes coralliens dans leurs différentes composantes qui sont stressés.

Les blanchissements les plus importants en Nouvelle-Calédonie ont été observés en 1996, suite à une anomalie positive de température de l’eau de mer, affectant les coraux et certains alcyonaires. Autour de Nouméa, des taux de mortalité corallienne de 80 à 90% ont été notées sur certains platiers peu profonds. Le phénomène a également affecté la pente externe jusqu’à 60 m de profondeur. Depuis 1997-98, aucun phénomène similaire n’a été observé.

À l’échelle mondiale, de nombreuses hypothèses sont émises, impliquant notamment l’évolution des paramètres physico-chimiques concernant le "Global Change". Les conséquences de l'extinction des récifs coralliens seraient incalculables sur la biodiversité marine et l'existence même de certains États de l'Indo-Pacifique.

 

    • L’acanthaster

L'échinoderme Acanthaster planci est un prédateur naturel des scléractiniaires qui se nourrit des polypes de différents genres (Porites, Diploastrea...). Cette étoile de mer a été signalée dans tout l'Indo-Pacifique, de la mer Rouge jusque dans l'est du Pacifique. Des périodes de prolifération ont provoqué d'importantes destructions de coraux sur la GBR dans les années soixante et les années quatre vingt. KENCHINGTON (1987) a fait le point sur les connaissances acquises sur les populations d'Acanthaster sur la Grande Barrière de Corail australienne. Les experts ne s'accordent pas sur l'origine des phases de prolifération et l'on ne sait pas si ces phénomènes font partie de la vie normale des écosystèmes coralliens. De très nombreux travaux scientifiques ont eu lieu pour essayer de comprendre ces explosions de populations d'Acanthaster et de trouver des moyens d'en limiter l'impact sur les récifs. L'abondance des larves d'Acanthaster a pu être corrélée aux précipitations abondantes qui entraînent un enrichissement des eaux en nutriments. Il semble donc que ce phénomène ne soit pas directement lié aux activités humaines, bien que l'homme ait pu accentuer un processus naturel en réalisant une récolte abusive du mollusque prédateur d'Acanthaster (Charonia tritonis) et surtout en perturbant le couvert végétal qui régulait le cycle de l'eau. Il est probable que ces effets de la modification des milieux terrestres sur les zones littorales aient été sous estimés. Non seulement la déforestation accentue l'érosion et provoque des périodes d'inondations mais le développement des cultures introduit dans le milieu un excès de sels nutritifs qui parviennent finalement dans les lagons induisant une prolifération des larves (BIRKELAND, 1982 ; BRODIE, 1990). Le fait que les proliférations d'Acanthaster soient dues à une influence anthropique est actuellement remis en cause par les géologues qui ont trouvé dans les sédiments datant de 200 à 300 ans des accumulations de piquants d'Acanthaster (SAPP, 1996).

Il faut entre 5 et 10 ans à un récif pour se remettre d'une forte prédation par les Acanthaster. Cependant les espèces massives sont plus lentes à régénérer et l'impact des Acanthaster reste inscrit pour longtemps dans la composition des communautés (VERON, 1993).

Certains récifs calédoniens ont été affectés par cette étoile de mer en 1980, mais il semblerait que les effets sont restés limités. Des dégradations ponctuelles sont observées mais aucune évaluation scientifique n’en est faite. Un nouveau développement a été observé en 1998.

    • Autres organismes

De nombreux autres organismes contribuent à la bio-érosion des récifs, ce sont des micro-organismes (bactéries, cyanobactéries, champignons, micro-algues), éponges, polychètes, bivalves, cirripèdes, sipuncles, bryozoaires, mollusques, crustacés et le groupe des poissons perroquets (Scaridae). Ainsi, certains mollusques du genre Drupella causent des dommages à certains récifs au sud du Japon et en Micronésie. Ces dégâts seraient, par endroit, du même ordre que ceux causés par les Acanthaster (MOYER et al., 1982 ; CARPENTER, 1997). Dans ce domaine, il n’existe pas encore de données scientifique relatives à la Nouvelle-Calédonie.

 

5.2. Les facteurs anthropiques

 

Ile de grandes dimensions, peu peuplée et gérée par un pays riche, la Nouvelle-Calédonie devrait échapper à la crise générale de la biodiversité. La répartition de la population est très déséquilibré puisque 60 % de la population de Nouvelle-Calédonie se trouve concentrée sur environ 1 % de sa superficie (GABRIé, 1995). Il ne faudrait pas en déduire que les problèmes d'environnement ne se posent qu'en zone urbaine. Un développement minier à grande échelle a provoqué une vaste destruction du couvert végétal avec de profondes conséquences sur les écosystèmes terrestres et marins. La biodiversité terrestre est très menacée et de nombreuses espèces ont déjà disparu ; des espèces ont été et sont encore introduites en dépit du bon sens (écrevisses, huîtres, moules...) ; les incendies, très fréquents en saison sèche, accentuent la diminution de la biodiversité terrestre, l'érosion des sols et l'hypersédimentation des zones littorales.

 

    • Mines et sédimentation due aux rejets telluriques

Dans le milieu terrestre, les plus graves atteintes à la biodiversité sont le fait d'une déforestation inconsidérée et d'introductions d'espèces (GARGOMINY et al., 1997).

Le milieu marin subit le contrecoup des perturbations anthropiques du milieu terrestre. Le ruissellement arrivant sur les récifs frangeants et dans les lagons est accru, provoquant une surmortalité des coraux par excès d'eau douce et de particules fines.

L'impact minier sur les lagons : En Nouvelle-Calédonie, l'exploitation des mines de nickel à ciel ouvert laisse d'énormes quantité de remblais latéritiques qui sont entraînés par ruissellement et provoquent une forte charge des rivières en matériaux solides qui se déposent en partie dans les lagons (BIRD et al., 1984). Dans les zones sous influence des mines, les récifs frangeants sont détruits par encrassement des scléractiniaires. Les particules fines transportées jusqu'à la barrière récifale perturbent la productivité en rendant l'eau turbide. Bien que des efforts aient été fait par les sociétés minières pour stabiliser leurs remblais, ce phénomène présente une telle inertie que d'énormes quantité de matériaux continueront à parvenir dans les lagons pendant de longues années. En 120 ans d'exploitation, plus de 110 millions de tonnes de minerai ont été extraits, ce qui suppose un poids au moins 5 fois supérieur de stériles et, en conséquence, un volume de matériaux instables d'environ 300.106 m3.

La pollution chimique due aux métaux lourds contenus dans ces rejets a été très peu étudiée, mais on sait que certains organismes filtreurs tels que les ascidies concentrent les métaux et en particulier le fer, le chrome, le cobalt et le nickel (MONNIOT et al., 1994).

Les effets de l'exploitation minière sur l'environnement des îles hautes sont décrits par DUPON (1986). L'impact d'une exploitation minière à ciel ouvert du type de celle existant en Nouvelle-Calédonie est complexe :

- le décapage des terrains implique une totale destruction du couvert végétal ce qui livre les sols aux atteintes directes de l'érosion, accentuée par l'absence de rétention d'eau habituellement liée à la présence des plantes ;

- les sédiments entraînés par ruissellement sont collectés dans les cours d'eau dont ils modifient le lit ;

- transportés dans les zones d'estuaires lors des fortes précipitations liées aux dépressions tropicales, ils s'étalent en formant un delta envasé, détruisant ou bouleversant les écosystèmes littoraux préexistants.

Les mesures de stabilisations des remblais de stériles sont bien tardives et ne concernent que la plus grande société (SLN). Les nombreux "petits mineurs" ne sont soumis à aucune contrainte en matière de protection de l'environnement. L'actuelle prise de conscience par les exploitants permet d'étudier des possibilités de revégétalisation des terrains miniers pour réduire l'impact (JAFFRé et al., 1993).

BIRD et al. (1984) dénombrent 40 cours d'eau de Nouvelle-Calédonie modifiés par les dépôts provenant de l'extraction, soit environ les 2/3.

Certains bassins comme celui de la Ouenghi (245 km2) ont été totalement perturbés par l'activité minière et ont vu se former un "delta anthropique" due à l'arrivée dans le lagon d'un apport sédimentaire estimé à 106 m3. Ces deltas progressent vers l'intérieur du lagon, de 300-400 m sur un front de 3 km en 28 ans dans le cas de la Ouenghi. Dans ces zones, les récifs frangeants ont été tués et ont totalement disparu sous plusieurs mètres de sédiments.

CHEVILLON (1997) a montré que dans le cas des grandes rivières de la côte Est il se formait dans les estuaires un bouchon vaseux qui ralentissait l'arrivée des particules fines dans le lagon.

L'exploitation minière a ainsi un impact qui dépasse de loin les sites d'extraction et perturbe les écosystèmes terrestres et marins sur le long terme (plusieurs décennies). Il est donc impossible de dissocier les processus érosifs et les perturbations des écosystèmes terrestres de leurs effets sur le milieu marin. Au-delà de l'aspect inesthétique de la dégradation minière, l'impact le plus grave a été une réduction de la biodiversité. En milieu terrestre la flore et la faune ont été totalement détruites sur d'importantes superficies de telle sorte que certaines espèces à répartition géographique limitée ont certainement disparu. En milieu marin, les écosystèmes d'estuaires ont été perturbés de façon durable.

Un très important projet minier est en cours de mise en œuvre dans le sud de la Grande Terre. En octobre 1997, la construction de l'usine pilote est commencée et devrait annoncer la construction de l’usine commerciale d’ici 5 ans. Il s'agit pour la société canadienne INCO d'extraire environ 30 000 t de nickel par an pendant 20 ans à partir des dépôts latéritiques. La teneur moyenne du minerai est de 1,60 % de nickel et de 0,16 % de cobalt. Le procédé d'extraction retenu, dit par lixiviation, consiste à dissoudre les sels métalliques par l'acide sulfurique. Les boues acides doivent ensuite être neutralisées avant d'être remises dans les excavations. Lorsque l'usine sera en pleine activité, après la phase expérimentale, cette neutralisation nécessitera environ 500 000 t de carbonate de calcium par an, que la société espère extraire des atolls soulevés des îles Loyauté. Bien que cette société prétende prendre grand soin de l'environnement, les perturbations seront nombreuses et définitives. Tout d'abord la végétation, en grande partie endémique, sera détruite sur les aires d'extraction mais aussi sur les aires de dépôts et de construction de l'usine, sans parler des dégâts occasionnés par les routes et la structure portuaire qui devra s'installer en Baie du Prony. Le lessivage des terrains latéritiques décapés augmentera l'érosion et les apports terrigènes dans le lagon au risque de détruire les formations coralliennes littorales qui bordent l'estuaire de la Koué (cf. Rapport de l'Étude d'impact, ANONYME, 1995b).

Cet exemple est assez caractéristique de graves perturbations de l'environnement terrestre et marin liés à la destruction du couvert végétal dans plusieurs îles du Pacifique (Papouasie Nouvelle-Guinée, Fidji, Salomon, Vanuatu). C'est un problème très général qui montre que les processus de dégradation du milieu marin côtier sont indissociables des processus terrestres situés en amont. Il est évident que la valeur patrimoniale des paysages et des écosystèmes n'est pas prise en compte dans l'évaluation d'un tel projet minier.

- Échouement de minéralier :

La Nouvelle-Calédonie est un pays minier depuis 1877 et se situe environ au 5ème rang mondial des pays producteurs de nickel. Les principales mines actuellement exploitées se situent sur la côte Est de l'île et le minerai brut est transporté par voie maritime jusqu'à l'usine de Nouméa.

Le 26 octobre 1992, le minéralier "Manylad U" s'échouait sur un haut fond situé dans le chenal de la Havannah. Une brèche ouverte dans la coque laissa échapper du minerai. On observe dans cette zone corallienne de forts courants de marée pouvant entraîner des polluants vers la réserve Merlet située à proximité.

Une plainte contre X fut déposée auprès du Tribunal de Nouméa pour "pollution marine conséquente à l'immersion de matériaux ou substances à partir d'un navire". L'enquête demandée par le Tribunal donna lieu à une étude d'impact confiée au sédimentologue de l'ORSTOM (CHEVILLON, 1992).

47 % du minerai déversé était constitué de fractions fines (< 63 microns) très favorable à une dilution et à un transport rapide par les courants. La répartition des éléments grossiers, sables, graviers, blocs, déposés sur le fonds fut cartographiée. Le volume des éléments grossiers déversés dans le milieu fut estimé à 1 750 m3 soit environ 2 450 tonnes.

Il semble que l'impact sur les peuplements se soit limité à la zone d'épandage lors de l'échouement sur laquelle la faune fut détruite par enfouissement sur environ 4500 m2. Aucune trace des 1 880 tonnes de particules fines n'a été observée alentour.

Du fait du volume de trafics et des conditions de navigation, la probabilité d’un accident est heureusement faible mais elle doit attirer l'attention sur le risque de faire naviguer de grosses unités en zone corallienne mal hydrographiée et par des chenaux présentant de forts courants, notamment dans le cas de transports de substances chimiques (pétrole, acides...).

 

    • Aménagement du littoral (remblais, dragages, aquaculture)

L’aménagement de la bande littorale dans la zone urbaine de Nouméa et la construction de certaines routes littorales sur la mer, par endiguement et remblaiement, ont conduit à la destruction de portions très importantes de mangroves et de récifs frangeants dans toute la zone urbaine.

 

 

- Destruction des mangroves

Les côtes de Nouvelle-Calédonie présente environ 200 km2 de mangroves (THOLLOT, 1996a). Une cartographie utilisant des images du satellite SPOT a été réalisée pour la région sud-ouest où elles représentent 80,3 km2.

D'après la loi française, la mangrove fait partie du Domaine public (LE NOEL, com. pers.).

Autour de la presqu'île de Nouméa, les mangroves ont été détruites en de nombreux endroits, la côte a été remblayée avec des scories de l'usine de Doniambo et des travaux routiers ou des lotissements ont été construits sur ces terrains gagnés sur la mer. Ce processus se continue actuellement vers le sud entre Tina s/mer et le Mont Dore et un grand projet d'autoroute littorale existe entre Nouméa et le Mont Dore (ALLENBACH & THOLLOT, 1997). La seule zone de mangrove qui subsiste dans le périmètre urbain de Nouméa est celle de Ouémo qui est rognée par les lotissements et menacée de disparition par un projet routier.

Globalement, on estime qu’entre 1955 et 1993, 380 ha de mangroves et autres milieux biologiques ont été remblayés ou creusés.

- Aquaculture

En Nouvelle-Calédonie, une activité aquacole marine développée depuis les années 70 s'est rapidement spécialisée dans la production de crevettes pénéides (ANONYME, 1972). Après quelques essais portant sur Penaeus monodon, P. japonicus, P. indicus, P. merguiensis, P. semisulcatus et Metapenaeopsis ensis, c'est l'espèce mexicaine P. stylirostris qui a été retenue pour sa vitesse de croissance élevée, même en saison froide. Les espèces existant à l'état sauvage dans les lagons de Nouvelle-Calédonie n'ont jamais fait l'objet d'un inventaire exhaustif, mais d'après les identifications effectuées sur les récoltes réalisées au cours du programme LAGON, il y aurait de façon certaine : P. semisulcatus, P. longistylus, P. latisulcatus, P. monodon, P. canaliculatus et P. merguiensis (CROSNIER, com. pers.).

En 1994 la production de crevettes a atteint 700 tonnes pour une superficie de bassins aquacoles de 280 ha. En 1996, 9 exploitations totalisant 430 ha de bassins ont permis une production proche de 1000 tonnes. Les sites favorables à l'installation de bassins aquacoles en arrière-mangrove ont été évalués par télédétection satellitaire à environ 6 000 ha (LEMONNIER et al., 1997).

Le type d'aquaculture pratiqué est semi-intensif et nécessite un apport . En effet, la production naturelle des bassins ne permet pas de satisfaire, et de loin, la totalité des besoins trophiques des crevettes.

L'eau des bassins est renouvelée à raison de 15 à 30 % du volume par jour. Les eaux "usées" sont rejetées dans le milieu naturel directement sur la frange littorale, provoquant ainsi un apport considérable en éléments nutritifs. Pour une petite ferme d'une superficie de 35 ha et d'une charge d'environ 35 crevettes / m², le volume journalier des rejets est d'environ 70 000 m3.

 

Il va sans dire que ces apports représentent une perturbation du milieu naturel qui s'apparente à une pollution physico-chimique. Pour l'instant, à l'échelle des petites exploitations de Nouvelle-Calédonie, les seuls effets constatés ont été une hypersédimentation de particules fines et un envasement très localisé des zones de rejets. Par contre, en Indonésie, où des superficies de plus de 16 000 ha de bassins aquacoles fonctionnent sur d'anciennes zones de mangroves, des phénomènes d'eutrophisation ont été observés (GUELORGET et al., 1996). Les écosystèmes ainsi perturbés présentent une simplification extrême, réduite aux procaryotes, toute la macrofaune benthique disparaissant.

 

Il conviendrait donc de suivre l'évolution de la frange littorale dans les zones aquacoles et de définir un plan d'aménagement du littoral afin de ne pas atteindre dans certaines zones des concentrations critiques en effluents. Une bonne qualité des eaux littorales est essentielle puisque celle-ci est repompée pour alimenter les bassins. De plus, ces fermes sont souvent installées dans des fonds de baies calmes et peu profonds, en zone d'arrière mangrove, où le renouvellement des eaux est relativement lent, ce qui risque d'aggraver le processus d'hyper-enrichissement du milieu.

Depuis 1993, un accord passé entre les Provinces Nord et Sud et l'IFREMER sur le thème "aquaculture-environnement" a abouti à un programme d'étude de l'impact des rejets aquacoles sur l'environnement. L'IRD participe à cette étude sur le site de référence situé en Baie de Chambeyron à Ouano qui est suivi depuis le début de l'exploitation en avril 1995 (GARRIGUE & BOUR, 1997).

- Dragages, extractions de sable

La plupart des îles du Pacifique ont des difficultés d'approvisionnement en matériaux de construction et en particulier en sable. Les gisements de sables fossiles à terre sont épuisés et le concassage des galets de rivière entraîne un surcoût qui se répercute sur l'ensemble de l'industrie du bâtiment. Aussi est-il tentant de chercher des matériaux de remplacement en draguant les sables et graviers des fonds lagonaires. L'extraction des sables se pratique soit par grattage des fonds, soit par aspiration. Outre la destruction totale de la faune et de la flore de la zone sédimentaire d'extraction, ces techniques sont très perturbantes pour les lagons en mettant en suspension des particules fines et en déstabilisant les équilibres sédimentaires. Les particules fines, entraînées par les courants, obscurcissent l'eau, diminuent la production planctonique et se déposent sur les organismes fixés (coraux, gorgones...) provoquant leur mort par colmatage.

En Nouvelle-Calédonie un projet d'exploitation des sables lagonaires prévoyant l'extraction de 106 m3 / an dans la zone de l'îlot Ténia (lagon Sud-ouest) fut déposé en 1993 auprès du Service des Affaires Maritimes. Une courte étude d'impact menée par l'IRD montra qu'une telle exploitation présentait des risques pour l'environnement corallien et le projet fut abandonné (CHEVILLON et al., 1993). Les principaux effets mis en évidence par cette étude furent :

- destruction de la microflore benthique et en particulier des tapis de cyanobactéries jouant un rôle stabilisateur pour le sédiment ;

- encrassement des polypes coralliens par dépôts des particules fines ;

- déstabilisation des sédiments par "appel au vide" ; les sédiments environnants se déplacent en effet pour remplir les excavations, perturbant ainsi la faune et la flore sur des superficies bien supérieures à celles où sont extraites les sables (pour un essais d'extraction de seulement 150 m3 de sédiment, l'excavation correspondante forme un cratère de 12 m de diamètre et 2,5 m de profondeur);

- remise en suspension des particules fines lors de l'aspiration au niveau du fond ce qui laisse sur les zones d'extraction un tapis de très fines particules facilement remises en suspension par la houle pendant une période bien supérieure à celle de l'exploitation proprement dite.

- destruction de la macrofaune et de la macroflore et de toute la méiofaune aux alentours de la zone exploitée ce qui induit une perturbation des réseaux trophiques.

- rejet dans le milieu d'une eau très turbide en surface lors du chargement du chaland.

Une analyse bibliographique réalisée à l'occasion de cette étude montre que toutes les exploitations de sables lagonaires en milieu coralliens ont provoqué les mêmes effets avec parfois de véritables catastrophes écologiques qui dépassent dans le temps et dans l'espace la zone et la période d'extraction. Les exploitations de granulats marins pour la construction de bâtiments ou de routes ont abouti à de sévères dégradations des récifs, des herbiers de phanérogames et des mangroves par hypersédimentation (SALVAT, 1987 ; ROGERS, 1990). L'excès de matériel particulaire en suspension altère le fonctionnement de l'écosystème en influant sur le métabolisme, la croissance et le recrutement des organismes. Le taux de sédimentation naturel supporté par les récifs est de l'ordre de 1 à 10 mg / cm2 / jour ou 10 mg / l (ROGERS, 1990).

Dans l'atoll de Johnston, les extractions de sables coralliens ont provoqué la mort d'environ 440 ha de récif et la remise en suspension des particules a provoqué la perturbation d'une surface totale de 2 640 ha (BROCK et al., 1966). Les conséquences vont parfois jusqu'à provoquer le déclin des pêcheries (ROGERS, 1985). L'influence sur la diversité spécifique en poissons a été mise en évidence aux Caraïbes (GALZIN, 1981).

Aux îles Maldives, où des récifs exploités il y a 20 ans commencent à peine à se recoloniser (BROWNE & DUNNE, 1988), des tentatives de réhabilitation de sites sont en cours par transplantation de coraux (CLARCK & EDWARDS, 1995).

La plupart des auteurs insistent sur la nécessité de réaliser une étude d'impact avant d'envisager des travaux en zone corallienne. Les extractions de coraux vivants ou morts ou de granulats sont toujours perturbateurs des écosystèmes de telle sorte qu'une vision d'un développement durable devrait intégrer le coût de ces nuisances dans l'estimation de la rentabilité économique des travaux.

- Construction sur les récifs frangeants

La zone littorale de la presqu'île de Nouméa dépend sur le plan réglementaire de la Commune de Nouméa. C'est donc la Mairie qui décide seule de l'aménagement et ne se préoccupe pas toujours de l'environnement. Ainsi, il a été décidé, sans aucune étude d'impact préalable, de creuser le récif frangeant de la "côte Blanche", à l'est de la presqu'île de Nouméa, pour y créer un petit port de mise à l'eau des jets-ski ou encore de remblayer une autre zone pour y installer un Club de voile. Il est même question de remblayer une zone de récif frangeant de l'Anse Vata pour y pratiquer du "beach volley" ! Cette politique qui fait passer la qualité de l'environnement après des activités ludiques n'est pas très responsable.

 

    • Pollutions industrielle, agricole et domestique

La plupart des pollutions d'origine anthropiques sont directement liées à la densité de populations humaines. Il s'agit soit de rejets urbains soit de rejets industriels de produits chimiques (hydrocarbures) ou d'eaux chaudes, soit d’effluents chargés en produits agricoles (phytosanitaires).

Autour des zones urbanisées, les rejets organiques provoquent localement une eutrophisation des eaux lagonaires et perturbent fortement les peuplements benthiques. Les activités de pêche et de plaisance provoquent la destruction des formations coralliennes et une surexploitation de certaines espèces de poissons et de coquillages. Dans une moindre mesure, la concentration des bateaux de plaisance, qui rejettent leurs eaux usées dans les baies, représente une source localisée de pollution.

Pollution pétrolière :

La réglementation maritime impose aux bateaux de fort tonnage, dont les gros pétroliers, de pénétrer dans le lagon par la Passe de Boulari pour limiter les risques d'échouement. Cependant les petits pétroliers (moins de 8 000 tonnes) qui ravitaillent la ville de Nouméa et les îles de Vanuatu naviguent dans le lagon sud-ouest en empruntant le Canal Woodin et la Passe de la Havannah. Le 23 janvier 1997, l'un de ces petits pétroliers, le "Konému", transportant du gaz oil, s'est échoué sur le récif Morouéti à la suite d'une faute de navigation. Environ une centaine de tonnes de gaz oil s'est répandue dans le lagon et la nappe, dérivant sous l'effet d'un vent alizé de sud-est, atteignit les îlots Charron et Bailly, puis la côte du Mont Dore. Bien que des moyens de lutte (colmatage de la brèche, barrage flottant, mousse absorbante en polystyrène) aient été mis en place rapidement (plan Polmar), ils s'avérèrent insuffisants et trois jours après l'accident le restant du carburant, non évaporé et non absorbé, atteignait la mangrove de Boulari.

 

Le 28 janvier, une mission d'observation, organisée par le Service des pêches de la Province Sud, se rendit sur l'îlot Bailly, classé "réserve spéciale", pour évaluer l'impact de cette pollution sur les plages. La côte sud de cet îlot présentait des traces huileuses et certains organismes intertidaux fouisseurs comme les sipuncles étaient morts en abondance ; par endroit, dans les zones de mangroves où l'action des vagues est moindre, la totalité de la macrofaune benthique était détruite sur plusieurs centaines de mètres de côte : crustacés Uca, Ocypode, Sesarma, Emerita ; holothuries Halodeima, Stichopus ; mollusques Littorina, Natica, bivalves et chitons), sipuncles et polychètes (observations personnelles). Aucune étude n'a été envisagée pour estimer la zone totale d'impact ni effectuer un suivi du devenir des peuplements.

Cette pollution pétrolière, très limitée géographiquement, attire l'attention sur le risque potentiel de pollution chimique qui ira en augmentant avec la croissance démographique et sur l'insuffisance des moyens de lutte.

 

Pollution domestique

En Nouvelle-Calédonie, les deux tiers de la population (environ 120 000 habitants) se concentrent autour de la presqu'île de Nouméa (60 % de la population du Territoire est localisée sur environ 1 % de sa superficie). C'est donc pratiquement la seule zone du Territoire pour laquelle des perturbations liées à l'impact urbain sur l'environnement littoral sont observées avec une grande ampleur. Il s'agit soit des rejets de déchets liés aux activités humaines, effluents urbains ou industriels, soit de modifications de la ligne de rivage par des aménagements hôteliers, routiers ou portuaires.

 

La ville de Nouméa a lancé depuis 1986 des études sur l'élaboration d'un schéma directeur d'assainissement. Un contrat état-ville pour la réalisation des travaux prévoit un budget de 10 milliards de francs français sur 20 ans. Les réseaux d'assainissement sont gérés par la Société Calédonienne des Eaux (SCE). La topographie de la presqu'île de Nouméa est particulièrement accidentée, ce qui complique la réalisation du système d'épuration. Pour une superficie communale de 4 851 ha, on dénombre entre 70 et 85 bassins versants (ROUX, non publié). La configuration de cette presqu'île très découpée avec une ligne de côte d'environ 147 km nécessite la construction de plusieurs stations de retraitement des eaux usées. Bien que de gros efforts aient été consentis ces dernières années pour améliorer le réseau d'égouts qui débouchent dans le lagon, en 1995 seuls 20 % des habitations y étaient reliées, ce qui signifie que 80 % des effluents domestiques sont rejetés plus ou moins directement sur le littoral.

Les flux polluants sont caractérisés par les matières organiques et minérales, dissoutes et en suspension, les sels minéraux (ammonium, nitrate, phosphate) et la charge bactérienne. Environ 60 % du réseau évacuateur de la ville est de type unitaire ("tout-à-l'égout", c'est à dire ici "tout-à-la-mer") et il existe pour l'ensemble du système 312 exutoires dont 205 débouchent directement sur le littoral (données SCE).

Quelques études sur la qualité des eaux de baignades des plages de Nouméa, réalisées par le Service Municipal d'Hygiène de la ville (qui contrôle 23 points de baignade par semaine), montrent que celles-ci sont fréquemment polluées et présentent des taux élevés de coliformes fécaux et de streptocoques. Entre février et juin 1994, la plage de l'Anse Vata a atteint des taux de coliformes fécaux dépassant 20 000 / ml (GABRIé, 1995).

Certaines zones comme la baie de Sainte-Marie sont très polluées et présentent des phénomènes d'eutrophisation caractéristiques : développement d'algues vertes (Ulva, Enteromorpha) et odeur nauséabonde, envasement de la frange littorale. Cette baie a particulièrement souffert d'un mauvais plan d'aménagement : remblaiement du fond de la baie qui a supprimé la circulation naturelle des eaux et détruit les écosystèmes côtiers (mangrove), construction d'une route, construction de nouveaux lotissements depuis 1985 sans collecteurs d'égout ni station d'épuration. Les bassins versants qui correspondent à cette baies sont ceux de Magenta (1 214 ha), Vallée des Colons (914 ha), Faubourg Blanchot (651 ha) et Ouémo 332 ha) et ils débouchent sur la baie par l'intermédiaire de 49 exutoires.

 

Le problème du retraitement des eaux usées domestiques de la ville de Nouméa est pratiquement insoluble à résoudre en totalité par assainissement collectif vue le relief et l'extension très rapide de l'agglomération. Quelques stations d'épurations sont déjà sous-dimensionnées par rapport au nombre d'habitants et fonctionnent mal (Koutio, Magenta, Yahoué). Toutefois, certaines situations critiques pourraient être améliorées. Ainsi, l'épuration du canal qui débouche au fond de la Baie de Sainte-Marie permettrait très certainement de faire disparaître les intenses phénomènes d'eutrophisations (marées vertes). L'idéal serait de pouvoir y associer une restauration de la mangrove sur le platier envasé du fond de la baie.

 

La pollution urbaine prend une forme chronique correspondant au déversement quotidien des eaux usées qui est fonction du nombre d'habitants. La dégradation des écosystèmes littoraux est alors lente et progressive. Il peut s'y surajouter une pollution accidentelle liée aux fluctuations du régime pluvial. L'arrivée soudaine de fortes pluies après une période de sécheresse provoquera un apport massif de la charge polluante et une asphyxie des écosystèmes littoraux.

- Rejets industriels

La seule grosse industrie du pays est celle du nickel dont l'usine se trouve sur la presqu'île de Nouméa à Doniambo. Cette usine transforme le minerai brut de garniérite en matte de ferro-nickel qui est ensuite exportée pour affinage en France. Cette matte est un sulfure de nickel (Ni3S2) contenant un peu de fer et de cobalt. Les matières premières nécessaires à la fabrication du ferro-nickel sont : le charbon, 140 000 t/an, importé d'Australie ; l'anthracite, 80 000 t/an ; 5 000 t/an de soufre, importé d'Amérique du Nord ; 12 000 t/an de silice et 3 200 t/an de carbonate.

Les sources de pollution possibles se situent soit dans les effluents de l'usine qui utilise l'eau de mer comme liquide de refroidissement soit dans les poussières émises dans l'atmosphère. La production s'élevait à 55 000 t de nickel en 1993, laissant environ 15.105 t de scories qui servent souvent à remblayer les zones littorales.

Les petites industries de traitement des métaux et des matières plastiques, concentrées sur la presqu'île de Ducos, émettent également des produits polluants dans le milieu dont ni la quantité ni la qualité ne sont surveillés.

    • Exploitation des ressources (coraux, coquillages)

Certaines méthodes de pêche ont des effets très destructeurs pour l'environnement récifal. Il s'agit principalement de l'utilisation des explosifs qui brisent les coraux ou de substances chimiques qui les tuent. Ce genre de pêche est cependant peu pratiqué en Nouvelle Calédonie

En moyenne, les pêcheries des récifs coralliens récoltent 8 tonnes / km2 /an. Ce qui, sur les 617 000 km2 de récifs mondiaux représente environ 6.106 tonnes / an (SMITH, 1978). Ces pêcheries concernent des zones très sensibles où l'on observe la plus grande richesse spécifique en poissons du monde.

Compte tenu de la faible population et de la ressource actuelle, cette pression de pêche ne cause pas de problèmes majeurs jusqu’à présent.

L’extraction des matériaux coralliens a toujours existé sur les plages. Des extractions ponctuelles liées à des aménagements littoraux interviennent également, sur les îlots en particulier. Mais suite à une étude de stock et de gestion de l’exploitation, des mesures d’organisation et de quotas de pêche ont été imposés.

L’activité de dragage des récifs n’est pas une activité pratiquée en Calédonie.

Enfin, l'attitude générale des collectionneurs de coquillages est très néfaste à de nombreuses espèces dans le monde et particulièrement en Nouvelle-Calédonie. L'effet le plus nuisible étant la destruction des biotopes par retournement des blocs.

 

    • Introduction d’espèces

Les introductions d'espèces peuvent être accidentelles ou délibérées. Les milieux terrestres insulaires montrent de nombreux exemples de proliférations dues à des introductions délibérées (lapins en Australie, Achatina en Nouvelle-Calédonie...).

Une espèce introduite apporte toujours une perturbation dans l'écosystème où elle s'installe car elle doit y faire sa place. N'ayant pas été modelée par le temps et la co-évolution au contact des autres espèces de ce nouvel environnement, elle y provoque un déséquilibre qui se traduit souvent par une phase de prolifération. Une compétition s'établit entre l'espèce étrangère et les espèces autochtones pour l'utilisation de l'espace et des ressources trophiques. Par ailleurs, il existe un danger potentiel d'introduire en même temps qu'une espèce les parasites et les maladies qui lui sont associées ou simplement des épibiontes.

Ces introductions, qualifiées parfois de "pollution biologiques" sont des phénomènes irréversibles et sont, à l'échelle planétaire, l'un des plus grands facteurs de réduction de la biodiversité à long terme par homogénéisation des peuplements (banalisation).

Introductions délibérées

Les introductions délibérées sont généralement associées à des projets de développement de nouvelles ressources et sont le plus souvent décidées sur des critères économiques avec une vision à court terme et sans évaluation du risque potentiel pour l'environnement.

Certaines espèces végétales de mangrove du Pacifique ont été volontairement introduites (ELLISON, 1995).

L'aquaculture est devenue une source d'introduction d'espèces accidentelles et représente potentiellement une menace pour l'environnement car, malgré les précautions, les espèces peuvent s'implanter dans le milieu naturel et entrer en compétition avec les espèces locales (exemple des écrevisses).

Introductions accidentelles :

En dehors de la zone intertropicale, quelques exemples d'introductions d'espèces sont bien documentés.

L'étoile de mer Asterias amurensis, est originaire des côtes japonaises et russes où elle est prédatrice des élevages de mollusques. Introduite accidentellement en Tasmanie, dans le port d'Hobart, probablement dans l'eau des ballasts de bateaux venant de l'hémisphère nord, cette espèce s'est mise à proliférer de façon inquiétante. La première récolte de cette espèce dans les eaux de Tasmanie date d'octobre 1986 mais elle ne fut pas correctement identifiée avant mars 1992, ce qui lui laissa le temps d'envahir les environs d'Hobart. La réaction des autorités et l'organisation d'actions pour limiter l'invasion débuta en juillet 1993 seulement. Les problèmes posés par cette invasion sont l'impact écologique sur la faune littorale et l'impact économique sur les fermes aquacoles. En novembre 1993 la répartition connue de cette espèce introduite s'étendait sur environ 200 km de côte. Des tentatives de récoltes en plongée furent réalisées et permirent la destruction de plusieurs dizaines de milliers d'individus (ANONYME, 1994b ; JOHNSON, 1994).

- Faune fixée sur les coques de bateaux : La partie immergée des coques de bateaux se couvre rapidement (quelques mois) d'organismes fixés (polychètes tubicoles, ascidies, algues, cirripèdes, hydraires, bryozoaires, spongiaires...) et constitue ce que les marins baptisent salissures ou fouling et dont ils se débarrassent en faisant des carénages périodiques et en utilisant des peintures "anti-fouling" toxiques (MONNIOT et al., 1991).

Certains produits entrant dans la composition de ces anti-fouling, comme le tributyletain (TBT), sont maintenant interdits en Europe alors que leur utilisation perdure en Nouvelle-Calédonie. Aux îles Fidji, dans le lagon de Suva, des teneurs très élevées de TBT ont été découvertes dans les sédiments et une étude d'écotoxicologie est en cours pour suivre son passage dans les mollusques filtreurs du genre Anadara consommés par les populations (NEWELL, com. pers.).

La faune fixée abrite également une faune vagile comprenant des mollusques, des crustacés et polychètes. L'activité maritime actuelle dans le Pacifique est bien moindre qu'au XIXème siècle lorsque la "marine en bois" sillonnait l'océan pour la colonisation, la chasse à la baleine ou le commerce (or en Californie, thé en Chine, bois précieux dans le Sud-Ouest Pacifique...) (CARLTON, 1997).

- Eau des ballasts des bateaux

Les introductions accidentelles ont considérablement augmenté au XXème siècle avec le développement technologique des sociétés et dans le milieu marin menacent d'homogénéiser les faunes littorales faisant régresser et peut-être disparaître, à terme, des espèces indigènes (CARLTON, 1996). CARLTON et GELLER (1993) montrent que des faunes planctoniques pratiquement complètes sont transportées dans l'eau des ballasts et que le mélange des faunes est déjà largement accompli. Des centaines d'espèces (367 espèces dans les bateaux faisant les lignes Japon-Amérique du Nord) appartenant à tous les niveaux trophiques sont concernées. Les principaux groupes trouvés dans les ballasts sont, par ordre de fréquence décroissante : crustacés, polychètes, turbellariés, cnidaires et mollusques. L'intensité du phénomène est telle que ces auteurs pensent que les écosystèmes côtiers des baies et estuaires sont parmi les plus menacés de la planète.

CARLTON (1987) décrit les 14 voies principales de dispersion d'espèces marines dans le Pacifique par le trafic maritime. Les principaux foyers d'origine de ces espèces se situent sur les côtes asiatiques. L'évaluation de l'impact d'une introduction d'espèce, soit naturelle, soit par effet anthropique, suppose une connaissance de base sur les espèces indigènes (endémiques ou autochtones). Comme ceci est loin d'être le cas dans l'indo-Pacifique, le nombre d'espèces introduites et leur impact sur les écosystèmes sont certainement sous-estimés.

Malgré la diversité des cas et les lacunes d'informations, la dispersion des espèces par l'homme présentent certaines caractéristiques : le vecteur de transport est lié aux bateaux, soit par fouling, soit dans les ballasts ; les lieux d'implantations sont donc situés à proximité des ports ; il se créé ainsi un fond spécifique cosmopolite consécutif à plusieurs siècles d'introductions accidentelles ; selon les conditions écologiques certaines régions sont préférentiellement donneuses et d'autres receveuses (CARLTON, 1987).

Les prétextes invoqués pour les introductions volontaires concernent la lutte biologique contre un organisme "peste" (ex. les gambusies pour manger les larves de moustiques), l'élevage d'espèces décoratives en aquariologie, la création de stocks pour la pêche industrielle (appât vivant) ou même sportive ! Les introductions accidentelles résultent généralement de négligences, commises fréquemment par des organismes officiels incompétents.

Bien que l'impact des introductions d'espèces en milieu marin soit beaucoup moins bien documenté que pour les eaux douces ou les milieux terrestres, c'est un phénomène à ne pas négliger et qui à long terme est sans doute plus perturbant pour les écosystèmes qu'une pollution chimique. POLLARD et HUTCHINGS (1990b) suggèrent que l'implantation d'espèces introduites dans des zones portuaires polluées pourraient accélérer le transfert de polluants comme les métaux lourds dans les réseaux trophiques jusqu'aux espèces carnivores d'intérêt commercial (cas du Tanaidacé Tanais dulongi originaire d'Europe et introduit en Australie vers 1978).

Pendant longtemps la croyance générale était que seules les introductions d'espèces pathogènes présentaient un danger et la plupart des introductions volontaires devaient "améliorer" l'utilisation des ressources vivantes. Il s'avère cependant que toutes les introductions sont perturbatrices pour les écosystèmes, parfois gravement, et que les effets bénéfiques pour les sociétés humaines sont faibles ou discutables. Une législation commence à se mettre en place pour réglementer les introductions volontaires pour élevage mais il semble très difficile de contrôler les introductions accidentelles.

Les introductions intentionnelles pour des raisons économiques ou ludiques soulèvent un problème éthique que les fonctionnaires des administrations ne se posent pas : l'homme a-t-il le droit de modifier les écosystèmes en remplaçant les espèces indigènes par d'autres qui lui conviennent mieux, sur le moment, sans en avoir réellement évalué les conséquences ?

 

    • Tourisme et activités de loisirs

Les milieux coralliens sont situés dans les mers chaudes sous des climats ensoleillés et présentent l'une des plus grandes concentration de diversité biologique de la planète. Ils sont donc une destination touristique privilégiée pour les populations des zones tempérées, surpeuplées, polluées et aux climats maussades. Dans l'inconscient collectif, un récif corallien situé dans une île tropicale est assimilé au paradis perdu et les organisateurs des agences de voyages ne manquent pas de faire référence à ces clichés. Pour de nombreux petits États de l'Indo-Pacifique, le tourisme représente l'une des principales ressources économiques, parfois la seule, et tout est mis en œuvre pour augmenter le flux de touristes. Toutefois, lorsque les effectifs deviennent importants ou que cet afflux est mal encadré, il devient une source de nuisance et porte atteinte aux écosystèmes et à la biodiversité. Il y a donc un phénomène de feed-back négatif car un milieu corallien dégradé n'attire plus le touriste. Curieusement, ce sont souvent les mêmes "décideurs" qui font des efforts pour développer un tourisme attiré par une nature en bonne santé et qui prônent l'extraction d'agrégats lagonaires éminemment destructrice. En Nouvelle-Calédonie, l'impact du tourisme n'est pas encore très préoccupant de façon directe, parce qu'il demeure à un niveau faible (environ 100 000 touristes en 1999).

Le tourisme étant l'une des principales sources de revenus des petits états insulaires, il est générateur d'importants aménagements littoraux (routes, infrastructures hôtelières…) et pendant le déroulement de certaines activités sur les récifs (plaisance, sports de mer…).

Sur la Grande Terre comme aux îles Loyauté plusieurs structures hôtelières ont vu le jour ces dernières années.

Hôtel Méridien de Nouméa : cet édifice de prestige a été construit en 1994-95 sur la presqu'île de Nouméa au lieu-dit Pointe Magnin. La ligne de rivage a été modifiée pour créer une plage par accumulation de sables blancs "coralliens". Un îlot rocheux a été transformé en plate-forme d'atterrissage pour hélicoptère, reliée à la côte par une bande de sable, l'ensemble constituant maintenant un tombolo artificiel. Les travaux de modification du rivage ont conduit à détruire le platier de récif frangeant et à couvrir cette zone de sable détruisant ainsi toute vie benthique sur une centaine de mètres de côte. La modification de la forme de la côte a changé la circulation des eaux, provoquant une accumulation de débris végétaux du côté au vent et un creusement dû à un courant tourbillonnaire sous le vent. Après une période de stabilisation des peuplements, il n'est pas certain que la situation soit meilleure qu'autrefois d'un point de vue touristique. La plage de sable blanc, déjà peu fréquentée car exposée au vent, est maintenant nauséabonde et les peuplements littoraux susceptibles d'intéresser les touristes ont disparu.

Hôtel Malabu à Koumac : ce complexe hôtelier de grande taille, construit en 1992, se situe à l'extrême nord de la Grande Terre. Il se compose d'une série de petits bungalows qui s'intègrent relativement bien dans le paysage. Par contre, la modification de la ligne de rivage destinée à créer un espace consacré aux sports nautiques a été faite en dépit du bon sens. La création d'un îlot artificiel destiné a briser la houle a créé une zone de décantation où s'accumulent les débris de phanérogames et les particules fines. Ce lieu de récréation nautique est finalement fortement envasé et nauséabond.

Dans les deux exemples cités, une étude d'impact sérieuse aurait certainement permis de trouver une solution moins perturbante pour l'environnement et atteignant mieux son objectif touristique.

Un hôtel a été construit sur l'îlot Casy situé dans la Baie du Prony dans une zone présentant une végétation endémique à plus de 80 % ; un nouveau projet est en cours en Baie de Port-Boisé dans une zone où l'endémisme est pratiquement total.

Une nouvelle structure hôtelière est actuellement en exploitation en bordure de la baie d'Oro, à l'île des Pins, dans un site exceptionnel qui a été classé pour sa valeur patrimoniale et écotouristique en 1954 puis déclassé en 1980. Malgré de vives protestations des ONG et l'intervention du Tribunal Administratif qui a annulé le permis de construire, la construction a eu lieu. On observe en 2001, une prolifération de micro-algues révélatrices d’un excès de matières organiques et azotées dans l’eau.

Une cinquantaine de paquebots font escale à Nouméa chaque année ; au cours de leurs périples dans les eaux de la Nouvelle-Calédonie, les passagers débarquent à l'île des Pins, aux îles Loyauté ou encore sur le petit îlot Amédée. Ces arrivages soudains de milliers d'individus en des lieux restreints posent des problèmes d'environnement.

- La pêche à pied : Sur le Récif Ricaudy, vaste récif frangeant, le plus proche de l'agglomération de Nouméa (environ 80 000 habitants), chaque marée basse d'un coefficient inférieur à 0,3 entraîne l'arrivée d'une centaine de personnes qui retournent les blocs à la recherche des coquillages de collection (porcelaines, cônes) ou bien qui creusent le sédiment pour en extraire les bivalves et les poulpes (BARON, 1992a). Le comportement de beaucoup de ces récolteurs est incompatible avec le maintien durable de ce récif en bon état ; en effet, la faune fixée sous les blocs est détruite, les coraux branchus sont piétinés et brisés. Ce platier, qui avait déjà beaucoup souffert des travaux d'aménagement routiers à la fin des années 70, se dégrade rapidement sous l'effet anthropique. Il vient d'être récemment classé en Réserve de Faune et de Flore sans que cela ne change en rien sa fréquentation par les pêcheurs à pied.

Les groupes les plus récoltés par les touristes pour l'exportation sont les coquillages (gastéropodes et bénitiers) et les coraux (branchus et Fungia). En 1996, la DAFE a délivré 708 permis d'exportation à des touristes, dont 308 pour des coraux. En 1997 le nombre de permis demandés dépassera un millier (LE NOEL, comm. pers.).

 

- Les mouillages des bateaux : Dans les zones lagonaires et récifales très fréquentées l'effet destructeur du mouillage des bateaux de plaisance est significatif. L'ancre du bateau casse les coraux en atteignant le fond, laissant un impact durable, puis la chaîne du mouillage rague sur le fond lorsque l'embarcation évite, détruisant parfois d'importantes surfaces de fragiles coraux branchus ou tabulaires (ceci est également vrai, dans une moindre mesure pour les herbiers). Pour pallier cet inconvénient dû à l'attrait des touristes pour les milieux coralliens, différentes solutions ont été proposées : interdiction de mouillage dans certaines zones, installation de mouillages fixes avec un flotteur en surface sur lequel les petites embarcations peuvent s'amarrer...Aucune de ces solutions n'est pleinement satisfaisante. L'interdiction de navigation ou de mouillage prive un public sensible aux charmes de la nature d'une chance de mieux comprendre son environnement et la mise en place des mouillages fixes est également perturbatrice du milieu. Il s'agit généralement de corps-morts très volumineux auxquels sont fixés une chaîne ou un orin. La véritable solution passe par une réglementation limitant la densité des visiteurs et une éducation pour que les amateurs de récifs prennent eux-mêmes conscience de la nécessité de protéger les récifs en ne mouillant pas n'importe où. Peut-être faudra-t-il en venir à inclure des notions d'écologie dans la formation des permis de navigation ?

L'impact destructeur des mouillages de bateaux de plaisance sur les fonds coralliens calédoniens est réel en maints endroits (Baie du Prony, îlot Maître). Les autorités de la Province Sud, sensibilisées à ce problème, ont organisé depuis 1994 un balisage des zones de réserves, ont mis en place des mouillages fixes pouvant accueillir les petites embarcations et ont diffusé des plaquettes d'information. Il est encore trop tôt pour juger de l'efficacité de ces mesures.

Plus de 10 000 embarcations de plaisance sont actuellement immatriculées sur le Territoire de Nouvelle-Calédonie dont environ 6 000 dans la région de Nouméa. La majorité d'entres elles mesurent moins de 6 m de longueur et leur conduite ne nécessite aucun permis (NGUYEN-KHOA, 1993).

 

- Ponton : En Nouvelle-Calédonie, un ponton est fixé de façon permanente sur le récif barrière depuis 1993. Mis à part les travaux réalisés pour en assurer le mouillage, la principale source de perturbation de l'environnement est liée au nourrissage régulier des poissons qui perturbe les réseaux trophiques. Une étude réalisée en Polynésie Française sur l'impact des bungalows sur pilotis de l'île de Moorea montre une modification de la structure des peuplements liée au nourrissage et en particulier une augmentation de la richesse spécifique et de la biomasse des poissons (PLANES & DOHERTY, 1995).

De même les démonstrations de "shark feeding" organisés pour les touristes dans la Passe de Boulari provoquent des déséquilibres dans les peuplements de poissons.

En Australie une étude sur l'impact de la plongée touristique sur les récifs coralliens a montré que les lieux fréquentés souvent étaient très perturbés et que de nombreux coraux étaient brisés accidentellement. La plupart des dégâts sont attribuables aux plongeurs et surtout aux photographes inexpérimentés.

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Annexe : Présentation des organismes susceptibles d’apporter leur concours dans le domaine de la gestion, de la sensibilisation, de la recherche liés à la protection du récif corallien et des écosystèmes associés

 

    • Organismes de recherche et/ou d’éducation

Parallèlement à ces corps institutionnels, des organismes de conseils, recherche et développement, sensibilisation et information, publics ou para-publics peuvent être sollicités pour leur aide logistique, technique ou financière. Il s’agit de l’IRD (Institut de recherche pour le Développement en Coopération), de l’IAC (ex-CIRAD, Institut Agronomique Calédonien), de l’IFREMER (Institut Français pour l’Exploitation de la Mer), de l’Institut Pasteur, de l’Université de Nouvelle-Calédonie, de Météo-France ou du CNRS (Centre National de recherche Scientifique), ainsi que de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) et bientôt du WWF (World Wildlife Fund), en particulier. Le CIE (Centre d’Initiation à l’Environnement), de compétence provinciale, assure un rôle sensibilisateur depuis 1996, à l’image du CPIE métropolitain.

Chacun de ces organismes exerce des activités scientifiques concernant la biodiversité, sa connaissance, sa valorisation, son exploitation, sa conservation ou sa restauration. A cela il faut ajouter l'Aquarium de Nouméa qui, sans être un organisme de recherche, accueille de nombreux chercheurs et joue un rôle important dans la diffusion de connaissances sur l'environnement marin.

L'IRD est de très loin le plus important par la taille, par la diversité des disciplines et l'ancienneté de ses activités (1946). Les recherches concernant la biodiversité marine se déroulent au sein de programmes d'océanographie et de pharmacologie. Il s'agit presque toujours d'acquisition de connaissances sur les espèces ou les écosystèmes ; la conservation ne faisant pas partie des objectifs affichés. Il est arrivé cependant que des chercheurs participent à des études d'impact sur l'environnement marin (CHEVILLON et al., 1993) ou apportent leur contribution à l'étude d'une réserve (LETOURNEUR et al., 1997). De nombreuses études ont porté sur l'évaluation des ressources en vue d'améliorer et de réglementer l'exploitation d'espèces marines : troca (BOUR, 1989), bêches de mer (CONAND, 1989), crabe de palétuvier (DELATHIèRE, 1990), petits poissons pélagiques (CONAND, 1988), poissons coralliens (KULBICKI et al., 1987), poissons hauturiers (GRANDPERRIN, 1975). Cet organisme offre un potentiel humain et technique très important à l'échelle d'un petit Territoire insulaire mais ses programmes en milieu marin sont peu dirigés vers la Nouvelle-Calédonie, ni même vers le Sud-Ouest Pacifique. Un rapprochement avec les organismes régionaux que sont la Commission du Pacifique Sud (programme pêche) et surtout avec le PROE permettrait de valoriser l'extraordinaire potentiel de connaissances accumulées depuis cinquante ans. C'est essentiellement grâce aux efforts de l’IRD, souvent en collaboration étroite avec le MNHN (Muséum National d'Histoire naturelle), que la faune marine de la région est pratiquement la mieux connue du Pacifique Sud.

L'IFREMER s'occupe de développer des processus d'exploitation des ressources aquacoles (crevettes pénéides, huîtres). Sa station expérimentale de Saint-Vincent, qui existe depuis 1963, met au point les cycles d'élevages des crevettes, produit des post-larves pour les exploitants et assure auprès de ceux-ci un "soutien technique". Depuis quelques années, l'IFREMER, avec l’IRD, se préoccupe de l'environnement des stations aquacoles et en particulier du devenir des rejets chargés en matières organiques dans le milieu naturel.

L'UFP (aujourd’hui UNC – Université de Nouvelle-Calédonie) établie à Nouméa depuis 1987 possède depuis 1991 un laboratoire dépendant de l'enseignement de biologie, le LERVEM (Laboratoire d'Études des Ressources Vivantes et de l'Environnement Marin). Les principales études menées au sein de ce laboratoire (le plus souvent par des étudiants) ont concerné : les stocks de langoustes et de crabes de cocotier, l'impact de la pêche plaisancière, les réserves marines, l'impact d'aménagements littoraux, l'aquaculture des trocas et des Pectinidae.

Les activités du CNRS en Nouvelle-Calédonie ne concernent pratiquement pas le milieu marin. Cependant, de nombreuses collaborations ont eu lieu avec la section pharmacologique de l'IRD au cours des programmes SNOM (Substances Naturelles des Organismes Marins) et SMIB (Substances Marines d'Intérêt Biologique).

L'Institut Pasteur est spécialisé dans les disciplines médicales mais collabore avec l'IRD et le CNRS à la mise en évidence des activités antibactériennes ou antivirales de substances extraites d'organismes marins.

Bien qu'il soit très orienté vers l'agronomie, le CIRAD, est tout de même impliqué dans des projets concernant l'environnement et la "faune sauvage" terrestre. Il collabore ainsi avec l'IRD au programme de revégétalisation des sites miniers.

L'Aquarium de Nouméa, créé en 1956 par le Dr René CATALA, présente au public la faune et la flore des lagons. Il fonctionne en système ouvert par pompage dans la Baie des Citrons, ce qui permet d'avoir une eau chargée en plancton et en larves d'organismes benthiques qui vont se développer dans l'Aquarium. C'est dans cet aquarium qu'a été découverte la fluorescence des coraux (CATALA, 1958, 1959, 1960). Depuis quelques années il présente également des représentants remarquables de la faune de profondeur (Nautilus, Bathynomus). Il reçoit environ 65 000 visiteurs par an et leur donne un panorama de la biodiversité marine.

Cet Aquarium a toujours été étroitement associé à l'IRD dont il accueille fréquemment certains chercheurs ou permet la réalisation de la partie expérimentale de certaines thèses. Du fait des possibilités offertes de récoltes marines et de maintien des espèces en eau de mer courante, il est utilisé par de nombreux chercheurs de passages, français ou étrangers, pour des études de physiologie ou de comportement.

L'un des rôles primordiaux de l'Aquarium de Nouméa est pédagogique. Il fait partie des visites classiques du cursus scolaire, les élèves bénéficiant de visites guidées par des spécialistes. Il contribue donc grandement à une meilleure sensibilisation à la biodiversité marine et aux problèmes d'environnement.

Un projet de création d'un nouvel Aquarium sur le même site est actuellement en cours et devrait voir le jour en 1998 grâce aux crédits du Fond Européen de développement. Une partie laboratoire d'accueil permettra à cet organisme de continuer à jouer son rôle de Laboratoire de Biologie Marine.

Les chercheurs de ces divers organismes participent aux réunions sur l'environnement faisant ainsi profiter les décideurs de leur expertise. Ils n'ont toutefois qu'un rôle consultatif et les études qu'ils proposent pour répondre scientifiquement aux questions des pouvoirs publics sont souvent considérées comme trop longues et trop complexes. L'une des difficultés majeures étant de faire admettre que les problèmes d'environnement sont compliqués et que la Science n'a pas de réponse immédiate à apporter. Par ailleurs, le scientifique est souvent suspecté de vouloir mettre un frein au développement par excès de prudence. Le dialogue est difficile ou irrationnel, voire inexistant.

    • Le PROE

Le PROE (en anglais SPREP), accueilli en 1978 au siège de la Commission du Pacifique Sud à Nouméa, est installé aux Samoa occidentales, à Apia, depuis 1992. C'est une organisation régionale créée par les gouvernements de 22 États et Territoires (États Fédérés de Micronésie, Fidji, Guam, Cook, Mariannes du Nord, Salomon, Kiribati, Nauru, Niue, Nouvelle-Calédonie, Palau, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Polynésie Française, Marshall, Pitcairn, Samoa Occidentales, Samoa Américaines, Tokelau, Tonga, Tuvalu, Vanuatu, Wallis et Futuna) auxquels sont associés, l'Australie, les États-Unis, la France et la Nouvelle-Zélande

Il a été créé pour aider les états et les Territoires du Pacifique Sud à protéger et améliorer leur environnement pour les générations présentes et futures. Ses actions concernent : la conservation de la biodiversité et la gestion des zones côtières. Il reçoit une aide financière du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) et de diverses autres sources internationales ; en 1992 son budget était de 5,2.106 $ US pour des effectifs permanents d'une quarantaine de personnes ; il était de 5,9.106 $ US en 1994.

Il s'intéresse aux problèmes posés aux océaniens par les variations climatiques, la remontée des niveaux marins, la prévention et le contrôle des pollutions. Il essaye donc d'organiser des stratégies nationales de gestion de l'environnement et en particulier l'information et l'éducation en vue d'un développement durable. Les priorités des programmes pour l'environnement sont définies par des SNAGE (Stratégies Nationales de Gestion de l'Environnement ; en anglais NEMS) dans chacun des États. Ces plans ont actuellement été définis pour les états suivants : îles Cook, états Fédérés de Micronésie, îles Marshall, îles Salomon, Royaume des Tonga. La mise en œuvre de ces stratégies nationales suppose la réalisation systématique d'études d'impact sur l'environnement pour tout projet de développement.

La préservation de la diversité biologique est l'un des thèmes récemment abordés compte tenu de la grande richesse spécifique et de la vulnérabilité des petits écosystèmes insulaires. Dans ce domaine, le PROE apportera son soutien aux projets concernant la collecte des données sur la biodiversité, la création de zones de conservation, la protection des espèces menacées et des écosystèmes, la promotion des connaissances et des techniques traditionnelles garantissant une utilisation durable des ressources.

Le PROE est le secrétariat de deux conventions régionales :

- La Convention sur la Conservation de la Nature dans le Pacifique Sud ou Convention d'Apia a été adoptée en 1976 pour protéger la nature, fut ratifiée par la France en 1988 et 4 autres pays, elle est entrée en vigueur en 1990. Axée sur la conservation des ressources terrestres dans les États du Pacifique (HUMBERT, 1995), son objectif est la création de zones protégées pour les écosystèmes naturels, des paysages et formation géologiques et du patrimoine culturel. Ces zones de parcs nationaux et réserves nationales devront protéger aussi bien les sites que les espèces. En dehors de ces zones protégées, les pays signataires s'engagent à sauvegarder les espèces de la faune et de la flore de toute exploitation inconsidérée et autres menaces pouvant aboutir à leur extinction. L'application de cette convention est laissée à la convenance des États.

- La Convention sur la protection des ressources naturelles et de l'environnement dans le Pacifique Sud ou Convention de Nouméa du 25 novembre 1986, entrée en vigueur en 1990 et ratifiée par la France et 11 autres États, a adoptée les textes conformes à ceux des Nations Unis sur le droit de la mer. Cette convention met en exergue la valeur économique et sociale des ressources naturelles du Pacifique Sud et concerne toute l'étendue des zones économiques. Son but est la protection de l'environnement et la prévention de la pollution des mers. Cette convention prévoit la réalisation d'études d'impact avant le début de grands projets sur l'environnement. Tout d'abord placée sous la responsabilité de la CPS (Commission du Pacifique Sud), l'administration de la Convention de Nouméa est depuis 1991 du ressort du PROE. Le plan d'action du PROE est directement élaboré et approuvé annuellement par les représentants officiels des pays membres. Le plan d'action pour la période 1991-1996 concerne les secteurs suivants :

préservation de la biodiversité ; changements planétaires ; planification et gestion en matière d'environnement ; gestion des ressources côtières et planification de leur utilisation ; gestion et prévention de la pollution ; planification des interventions d'urgence en cas d'incidents générateurs de pollution ; éducation et formation écologique ; information écologique ; préoccupations régionales en matière d'environnement.

Le PROE est également impliqué dans l'application d'autres conventions internationales : Convention de Londres sur la Pollution des Mers (1972), Convention cadre sur les changements climatiques (Rio, 1992), Convention sur la Diversité Biologique (Rio, 1992), Convention de Washington sur le Commerce International des Espèces Menacées (1975), Convention de Ramsar sur les zones humides (1975).

Lors de la Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement (CNUED) à Rio de Janeiro, la stratégie globale d'action pour le développement durable faisant l'objet de "l'Agenda 21" a été approuvé par le PROE.

En 1993, le PROE a lancé le projet régional Population et Environnement qui doit s'attaquer en priorité aux problèmes démographiques particulièrement préoccupants dans certaines petites îles (Fig. 23).

L'un des actuels programmes du PROE s'intitule Programme de Conservation de la Biodiversité dans le Pacifique Sud (PCBPS). Il a défini des zones de conservation dans les pays suivants : Fidji, états fédérés de Micronésie, Kiribati, Niue, Palau, Salomon, Tonga, Tuvalu, Vanuatu, Samoa occidentales. Dans le cadre d'un autre programme de conservation des ressources naturelles, des actions de protections des tortues, des oiseaux et des mammifères marins ont été menées.

Bien que ses objectifs soient louables, le PROE est une organisation complexe, politisée, noyée dans ses "plans d'actions" et ses "statuts juridiques" et qui pour l'instant est inefficace et curieusement absente des manifestations scientifiques concernant la biodiversité dans l'Indo-Pacifique (DIWPA, BIONET, congrès Marine and Coastal Biodiversity in the tropical Island Pacific Region, organisé en 1994 à Honolulu, Congrès du Pacific Science Association à Beijing en 1995, 8th Pacific Science Congress à Suva en 1997).

    • Les associations de protection de la Nature

L’une des plus anciennes associations de protection de la nature est l'Association pour la Sauvegarde de la Nature Néo-Calédonienne (ASNNC) qui existe depuis 1971. En 1994 elle regroupait environ 400 membres (?) dont de nombreux enseignants. Elle joue un rôle important dans l'information et l'éducation et édite le "Journal Vert" distribué gratuitement à 3000 exemplaires. Son but est de faire connaître le patrimoine naturel de la Nouvelle-Calédonie et son originalité et d'attirer l'attention sur les perturbations de l'environnement (feux, mines, pollutions...). L'ASNNC a réalisé des opérations de "recherche" sur quelques espèces emblématiques comme le Cagou et les tortues marines ainsi que des actions de reboisement et de nettoyage. Malheureusement, le reboisement a été fait avec des espèces introduites, ce qui est un comble pour une association supposée protéger la nature ! Le plus souvent cette association utilise de la main d'œuvre bénévole mais pour certaines opérations comme le marquage des tortues, elle a obtenue le soutient du PROE et des Provinces.

L’association Opération Cétacés assure un suivi et un inventaire des espèces de cétacés présentes de manière régulière ou sporadique, notamment dans le sud calédonien pendant les périodes de reproduction ou de parturition.

La Société Calédonienne d’Ornithologie, née en 1965 a pour objectifs la connaissance et la protection de l’avifaune et, plus généralement des vertébrés terrestres. Elle apporte notamment ses compétences dans l’inventaire et le suivi des populations d’oiseaux nicheurs du lagon. Elle compte aujourd’hui une trentaine de membres.

Action Biosphère a été créée en 1992 avec pour objectif la défense de la nature pour un développement durable. Elle est très active sur le terrain et souhaite obtenir la création d'un "observatoire de l'environnement". C'est en partie grâce à son intervention contre l'extraction des sables lagonaires que ce projet a été abandonné.

Ces deux associations, ASNNC et Action Biosphère, ont pour principal défaut d'avoir chacune une nette orientation politique, ce qui, dans une petite île conduit parfois à des attitudes caricaturales préjudiciables à des actions de protection de l'environnement efficaces.

 

Le WWF, plus grande organisation de conservation de la Nature au Monde, a ouvert un Bureau en octobre 2001 à Nouméa. Fort d’une expérience de 40 ans, de 12 000 programmes de conservation réalisés, le WWF compte aujourd’hui près de 5 millions d’adhérents et 3 000 salariés répartis dans une centaine de pays. Après plusieurs années d’investissement en Nouvelle-Calédonie mais sans implantation physique, le WWF-France a décidé de renforcer son intervention par la mise en place de ce bureau. L’intervention de ce nouveau bureau (2 personnes) est principalement axé sur les écorégions (grands ensembles écologiques sur lesquels se concentrent les activités de leur réseau) au nombre de quatre en Nouvelle-Calédonie : " Forêt sèche " (un programme pluri-annuel de conservation a démarré), " Forêts humides " et " Rivières et ruisseaux " (phase de diagnostic), ainsi que " récif corallien " (participation au Comité local IFRECOR du Bureau Nouméa et animation du Comité national par la Mission Océan/côtes du WWF-France). Dans le Pacifique Sud, le WWF intervient également sur de nombreuses autres problématiques marines, telles que la protection des tortues marines sur les Iles Cook et Salomons, du Dugong en Papouasie Nouvelle-Guinée, des baleines aux Salomons ou encore des récifs coralliens à Fidji.

Corail Vivant a été constituée le 30 juin 2000 et dont les buts sont :

- d'obtenir l'insciption des massifs coralliens de Nouvelle-Calédonie sur la liste des patrimoines mondiaux de l'humanité (UNESCO). L'association pense qu'il y a lieu de protéger cet éco-système et les éco-systèmes associés dans les eaux de Nouvelle-Calédonie parce qu'ils ne sont pas encore trop affectés.

- d'améliorer la qualité de la vie des habitants de la Nouvelle-Calédonie. L'association veut, à travers ces actions, animer des réflexions au sein de la population locale sur son environnement marin et dégager des projets de nature éducative, socio-culturelle et socio-économique afin que, progressivement, une prise de conscience globale s'agglomère autour de la notion de développement durable dont le pilier majeur est la biodiversité.

- d'un point de vue "propriété" et tutelle, le lagon est divisé en plusieurs zones: le Pas géométrique (50 pas du Roi) ou zone littorale est transféré aux Provinces depuis le 1/1/2000 (exploration,exploitation, gestion des ressources naturelles biologiques et non biologiques...). La zone des 12 milles est également aux Provinces, les communes gèrent leur police de la mer seulement. Quant a la ZEE, c'ets sous tutelle "territoire". Je ne sais pas si ca répond bien au chapitre demandé... - Les plans de gestion du bien ne sont pas encore définis. Il faudra certainement prévoir un plan de gestion sur 5 ans par exemple mais a notre connaissance, la réflexion dans ce domaine n'ets pas aussi avancée. - les indicateurs permettant de mesurer l'état de conservation: ne faut il pas les définir dans le plan de gestion justement? Dans ce cas, est ce que ca ne risque pas d'etre contradictoire avec le fait qu'on n'ait pas de plan? A l'heure actuelle, les méthodes utilisées sont "classiques": mesure de la diversité et comptage de la biomasse sur des sites témoins, analyses d'eau, des sédiments, inspections visuelles sur l'évolution de sites détruits (acanthaster, blanchiment des coraux, destruction de massifs par un cyclone, ou par des rejets terrigènes ponctuels...) - Comparaison avec la GBR australienne: c'est vrai que ça peut etre perçu comme redondant, mais la GBR n'est pas vraiment une barriere si ce n'est dans sa partie nord. De plus, ces deux barrieres ne se sont pas formées en meme temps ce qui laisse présager une diversité biologique au niveau de la faune fixée par exemple, et génétique, au sein meme du site calédonien. La NC est également un ensemble récifal fermé (ou considéré comme tel) unique alors que la GBR est un linéaire corallien (importance géomorphologique?). Et puis l'ensemble est encore mal connu et le simple fait de vouloir choisir un seul "échantillon" corallien ne doit pas nous laisser passer a coté d'une richesse écologique fabuleuse. - quant aux surfaces, vous avez raison, nous avions deux sources qui se contredisent, et nous n'avions pas fait attention, le total fait "près de 35 000 km"" au lieu de 40 000.