COMMUNIQUE DE PRESSE

Pour information seulement, ceci n’est pas un dossier officiel.

SOUS EMBARGO : Ne pas publier avant 19h00 UTC, jeudi 14 février 2002 (daté du jeudi pour diffusion le vendredi)

 

Une étude tire la sonnette d’alarme sur les risques de disparition d’espèces dans les océans

Pour la première fois les dix récifs coralliens les plus menacés sont identifiés

PARIS, 14 février 2002 – Une étude, publiée dans le numéro du 15 février de la revue Science, détermine pour la première fois quels sont les 10 récifs coralliens les plus menacés, c’est-à-dire ceux où vivent de nombreuses espèces marines dont l’aire géographique est restreinte et qui sont par conséquent extrêmement exposées au risque d’extinction.

Basé sur de nouveaux travaux qui, et c’est nouveau, comparent l’aire de répartition (endémisme) de certaines espèces clés et les menaces que font peser sur les récifs coralliens les impacts des activités humaines, cet article est le premier du genre à déterminer à l’échelle mondiale les zones coralliennes qui doivent être protégées en priorité. Il contredit en outre une assertion qui a longtemps prévalu, selon laquelle les espèces marines risquent peu de disparaître à cause des activités humaines du fait de l’étendue de leur aire géographique dans les océans,.

" Nous savons que si nous ne réagissons pas immédiatement, des espèces marines vont peu à peu disparaître à cause de la perte de biodiversité entraînée par la destruction de leur habitat ", déclare Callum Roberts, de l’Université de York, principal auteur de l'étude. " Cette étude peut nous aider à élaborer une stratégie qui nous fait cruellement défaut, qui serait ciblée sur les zones où la biodiversité disparaît le plus rapidement. "

" C’est le premier rapport du genre à définir des priorités pour la conservation des espèces marines ", constate Mark Spalding du Centre mondial de surveillance continue de la conservation de la nature (WCMC) du Programme des Nations Unies pour l’environnement, co-auteur du rapport et auteur principal de l’atlas mondial des récifs coralliens réalisé par le WCMC (voir plus loin). " Pour la première fois, nous avons réussi à déterminer quelles sont les dix zones récifales les plus menacées dans le monde. Il faut maintenant prendre les mesures qui s’imposent pour les protéger " ajoute-t-il.

Ces 10 zones névralgiques, classées en fonction du degré de menace auquel elles sont exposées, sont les suivantes :

1) les Philippines ; 2) le golfe de Guinée ; 3) les petites îles de la Sonde ; 4) les îles Mascareignes du Sud ; 5) la partie orientale de l’Afrique du Sud ; 6) le Nord de l’océan Indien ; 7) le Sud du Japon, Taiwan et le Sud de la Chine ; 8) les îles du Cap-Vert ; 9) les Caraïbes occidentales ; 10) la mer Rouge et le golfe d’Aden.

Ces 10 zones névralgiques abritent seulement 24 % des récifs coralliens, ou 0,017 % des océans, mais 34 % des espèces à aire géographique restreinte. L’étude recense au total 18 aires présentant les plus fortes concentrations d’espèces que l’on ne rencontre nulle part ailleur ; les zones sont classées en fonction des menaces qui pèsent sur elles.

" Les océans ont été longtemps considérés comme des espaces illimités où l’homme a peu d’impact sur la survie des espèces. Or, les habitats tropicaux marins peu profonds les plus riches sont exposés à un risque de disparition incroyablement rapide. Cette étude apporte une nouvelle preuve qu’il est impératif d’intensifier considérablement les efforts de conservation des milieux marins ", affirme Sylvia Earle, directeur général de Conservation International, responsable des programmes marins.

Huit des dix zones névralgiques sont contigües à des zones de biodiversité terrestres, elles-mêmes menacées car elles abritent les plus fortes concentrations d’espèces terrestres. " Cet incroyable lien entre zones névralgiques récifales et terrestres prouve que c’est le bon endroit pour les lézards et les poissons-lézards ", déclare Tim Werner, directeur des programmes marins de CI et co-auteur de l'étude. " Une stratégie de conservation intégrée des sites terrestres et marins permettra un retour sur investissement considérable dans ces régions. "

Les activités qui détruisent l’habitat des sites terrestres les plus menacés contribuent également à la destruction des récifs coralliens. Quelque 58 % des récifs de la planète seraient menacés par les activités humaines.

L’agriculture, la déforestation et l’urbanisation, génératrices d’importantes quantités de sédiments, nutriments et autres polluants qui se déversent dans les eaux côtières, mais aussi la surpêche et le changement climatique, sont répertoriés comme étant les principales causes de destruction des écosystèmes récifaux. Selon l’étude, un quart des récifs coralliens de la planète a déjà été détruit ou sérieusement dégradé sous l’effet du réchauffement planétaire. La dégradation des récifs les plus menacés pourrait priver quelques-unes des populations les plus pauvres de la planète d’une source importante de nourriture et, dans de nombreux cas, de toute source de revenus. Aux Philippines, par exemple, environ 70 % des besoins de la population en protéines animales proviennent des produtis de la mer.

L’étude contient des cartes sur la répartition géographique de 3 235 espèces, dont 1 700 espèces de poissons récifaux, 804 espèces de corail, 662 espèces d’escargots de mer et 69 espèces de homard. Ces quatre groupes d’animaux ont tous besoin d’un environnement récifal sain pour survivre.

La création de réserve marines où la pêche serait interdite est l’une des mesures à prendre immédiatement, estime Callum Roberts. Environ 6 % des terres du globe sont des parcs protégés. Mais moins de 0,5 % des mers se trouvent dans une quelconque zone protégée.

Il est prouvé que la conservation des milieux marins est économiquement avantageuse. Intelligemment conçue, la protection des réserves marines est rentable. Dans ces réserves, le poisson vit plus longtemps, devient plus gros et peut repeupler les zones de pêche environnantes. Callum Roberts rapporte par exemple que cinq ans après la création d'un maillage de réserves marines autour de l’île Sainte-Lucie, dans les Caraïbes, les prises de poisson avaient presque doublé.

Outre la corrélation avec les zones de biodiversité terrestres les plus menacées, le rapport constate que les écosystèmes récifaux tropicaux renferment des " zones vierges " qui subissent beaucoup moins les impacts des activités humaines, sont riches en espèces et, par rapport aux zones dégradées, abritent encore des populations abondantes d’espèces récifales telles que les requins, en voie de disparition rapide dans les récifs surexploités. C’est le cas notamment de la Nouvelle-Guinée, une zone terrestre tropicale encore vierge, qui possède également des récifs coralliens presque intacts par rapport à d’autres endroits du monde. L’étude recommande que les efforts de conservation visent à la fois les récifs coralliens les plus menacés et ces zones " vierges ".

Le Center for Applied Biodiversity Science (CABS) de Conservation International a apporté son soutien à l’étude, en particulier pour déterminer les aires de conservation qui sont prioritaires. Les données fournies par le WCMC ont permis aux scientifiques de calculer la superficie du récif corallien dans chaque zone névralgique.

Publié en septembre 2001, l’atlas mondial des récifs coralliens (World Atlas of Coral Reefs) du WCMC, état des lieux des récifs coralliens le plus détaillé qui soit, montre que ces précieux écosystèmes marins occupent sur la planète une superficie beaucoup plus réduite qu’on ne l’avait cru : 284 300 km², soit tout juste la moitié de la superficie de la France. Cet atlas, qui étudie la biologie des récifs coralliens et analyse les menaces auxquels ils sont exposés partout dans le monde, conclut que ces habitats importants, d’un grand intérêt et d’une extrême beauté, se dégradent rapidement à cause des activités humaines et qu’il faut de toute urgence les protéger. (voir le communiqué de presse sur http://www.unep-wcmc.org/marine/coralatlas/PRESs_RELEASE.htm)

" L’atlas mondial des récifs coralliens du WCMC fournit des détails sur la biologie et les menaces qui pèsent sur chacune des régions que nous considérons comme des zones de conservation clés ", déclare Callum Roberts.

Maître de conférences à l’Université d’York, en Angleterre, Callum Roberts faisait partie du corps enseignant du CABS au moment où l’étude a été réalisée. Parmi les co-auteurs figurent quatre scientifiques du CABS : Timothy B. Werner; Gerald R. Allen; Cristina G. Mittermeier et Carly Vynne. Les autres sont : Colin J. McClean, de l’Université d’York ; John E.N. Veron, de l’Australian Institute of Marine Science ; Julie P. Hawkins, de l’Université d’York ; Don E. McAllister (aujourd’hui décédé), de Ocean Voice International ; Frederick W. Schueler, de l’Eastern Ontario Biodiversity Museum ; Mark Spalding, du WCMC ; et Fred Wells, du Western Australian Museum.

Note aux journalistes

Pour obtenir des exemplaires de l’article de Science, contacter AAAS News & Information au +1-202-326-6440, courriel : scipak@aaas.org

Des photos et des cartes de l’atlas mondial des récifs coralliens sont fournies sur le site du WCMC :

http://www.unep-wcmc.org/marine/coralatlas/presspack/

Pour tout renseignement complémentaire, contacter Robert Bisset, attaché de presse du PNUE, tél. +33-1-44377613, mobile +33-6-2272-5842, courriel : robert.bisset@unep.fr ; Callum Roberts, courriel : cr10@york.ac.uk ou Mark Spalding du WCMC, tél. : +44 (0)1223 277314, courriel : mark.spalding@unep-wcmc.org, Pamela Moyer, de Conservation International, tél. +1-202-912-1294, courriel : p.moyer@conservation.org

Communiqué de presse publié en collaboration avec Conservation International

Note aux rédacteurs

Le premier rapport mondial sur la situation désespérée du dugong (ou vache marine) a été dévoilé jeudi par le PNUE au Forum mondial des ministres de l’Environnement qui se déroule actuellement à Cartegena, en Colombie. Cette étude révèle que l’aggravation de la pollution résultant des activités terrestres, des aménagements côtiers, de la circulation des bateaux et des filets des pêcheurs figurent parmi les menaces de plus en plus nombreuses qui contribuent au déclin du dugong. Le dugong vit dans plusieurs des zones névralgiques citées dans l’article de Science, notamment la mer Rouge et le golfe d’Aden, le Nord de l’océan Indien, les Philippines et les petites îles de la Sonde. Les journalistes peuvent télécharger le rapport sur le dugong sur le site du PNUE : http://www.unep.org/dewa/water

Activités du PNUE en faveur des récifs coralliens

Dans le cadre de sa contribution à la campagne mondiale pour la conservation des coraux, le PNUE est partenaire de l’ICRAN, le réseau international d’action pour les récifs coralliens. L’ICRAN est la principale initiative prise à l’échelle mondiale pour enrayer le déclin des récifs coralliens. L’ICRAN vient de passer à l'action grâce à une subvention de la Fondation des Nations Unies (voir http://www.icran.org).

Le PNUE a mis en place une unité Récifs coralliens (voir http://www.unep.ch/coral.htm)

. En outre, le PNUE, grâce à l'Initiative des voyagistes, s'efforce de promouvoir un tourisme responsable dans les régions coralliennes et dans d’autres environnements fragiles (voir http://www.uneptie.org/pc/tourism/) ; il est aussi l’un des coordonnateurs des Nations Unies pour l’Année internationale de l’Ecotourisme (2002) (voir http://www.uneptie.org/pc/tourism/ecotourism/iye.htm).

The UNEP-WCMC World Atlas of Coral Reefs. Publié en 2001 par the University of California Press. Pour tout renseignement sur cet état des lieux le plus détaillé qui soit des récifs coralliens de la planète, s’adresser au WCMC : tél. : +44 (0)1223 277314 ; fax : +44 (0)1223 277136 ; courriel : info@unep-wcmc.org., http://www.unep-wcmc.org.

Communiqué de presse du PNUE : Paris 2002/05